Me Bénéwendé Sankara «Le RSP, un danger pour la République»

Me Sankara : «Le Rsp doit être purement et simplement dissout». (YS)

Me Sankara : «Le Rsp doit être purement et simplement dissout». (YS)

Le Club de L’Economiste a reçu un Sankariste dans ses locaux le 11 février dernier. Accompagné par son vice-président, Nestor Bassière, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l’Union pour la Renaissance /Parti sankariste (Unir/Ps), a répondu sans détour aux questions préoccupantes de l’heure. Sans langue de bois, il donne sa lecture de l’actualité.

– L’Economiste du Faso : Ces derniers temps, c’est le Régiment de sécurité présidentielle (Rsp) qui fait la Une. Quelle analyse le politicien que vous êtes fait-il de ce qui s’y passe ?
Me Bénéwendé Stanislas Sankara (Président de l’Unir/Ps) : La question du Régiment de sécurité présidentielle ne date pas de l’après-insurrection. Rappelez-vous que le 30 juillet 1999, le Collège des sages avait recommandé la dissolution du Rsp. Le nom de ce régiment évoque de très mauvais souvenirs pour notre pays. Quand on parle du drame de Sapouy (ndlr, assassinat du journaliste Norbert Zongo), de l’assassinat de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré (ndlr, frère cadet de Blaise Compaoré), quand on évoque l’assassinat de Clément Oumarou Ouédraogo devant l’hôtel Azalaï de Ouagadougou, quand on parle de l’étudiant en médecine, Dabo Boukary, et bien sûr d’autres, ce sont ces images que les Burkinabè ont du régiment de sécurité présidentielle.
On ne peut pas parler de démocratie sans une armée républicaine, une armée qui est au service de la nation et du peuple. Quelles que soient ses compétences, une unité, un corps, un régiment ne peut pas être mêlé à des dossiers abominables. C’est de cette façon que nous avons perçu la nécessité et la pertinence de refonder l’armée toute entière, en tant qu’institution de la République.
Dans cette refondation, le Rsp doit être purement et simplement dissout. Je précise que nous n’avons rien contre les militaires du Rsp, mais que vous y soyez ou que vous soyez d’un autre corps, si vous utilisez des armes de la République pour assouvir d’autres desseins, cela est condamnable. C’est encore plus condamnable quand vous utilisez l’arme du peuple pour le tuer. Quand vous utilisez votre position militaire pour prendre en otage un Conseil de ministres, cela est encore plus grave. Pour moi, c’est un putsch, un coup d’Etat. En 2011, quand les mêmes du RSP sont entrés en mutinerie, y compris contre Blaise Compaoré (ndlr, chef de l’Etat d’alors), nous avions également dit que c’était un coup d’Etat. Pour nous, le Rsp est un danger pour la République, un danger pour la démocratie, un caillou dans le soulier qu’il faut enlever. Il faut reverser les éléments du Rsp, qui ont une expertise, dans l’armée républicaine refondée.

– Comment résoudre ce problème aujourd’hui ?
La solution est légale. Si c’est un décret qui a créé le Rsp, il faut le rapporter.
– Ce n’est pas ce que pense Roch Marc Christian Kaboré du Mpp.
Cela, c’est Roch ! Me Sankara pense comme cela. Roch est au Mpp, moi, je suis à l’Unir/Ps. Quand j’ai dit que la dissolution est une recommandation du Collège des sages, c’est depuis 1999. Depuis cette date, on n’y arrive pas. Je crois que l’analyse faite par Roch Marc Christian Kaboré se base sur le fait qu’on considère que le Rsp est un os et qu’on ne peut pas decider du jour au lendemain de le dissoudre.
Si des gens sont capables de faire irruption dans un Conseil des ministres, c’est parce qu’ils sont adossés à quelque chose. C’est cela le danger qui nous guette tous. A ce rythme, n’allons-nous pas retomber dans cette situation de «si tu fais, on te fait et y a rien» ? Il faut une volonté politique pour résoudre ce problème. Il faut que les militaires eux-mêmes comprennent qu’en réalité, personne ne leur veut du mal. J’ai lu la déclaration du Rsp qui est une belle déclaration. Il fait une espèce de communication sur le Régiment. Il y a des éléments qui sont bien.
Les éléments du régiment sont très opérationnels, mais on peut les employer ailleurs, on peut les réorganiser autrement. Considérer le Rsp en tant qu’entité, il faut lui donner un certain nombre de missions. Il faut aussi sévir par rapport à ceux qui croient que derrière l’arme, ils peuvent tout faire sans être inquiétés. Le militaire n’est pas au-dessus de la loi. C’est pourquoi, il y a un tribunal militaire.

– D’aucuns pensent que derrière ce réveil du Rsp se cache une main politique, notamment celle de l’ancien parti majoritaire, le Cdp. Avez-vous la même lecture ?
C’est possible ! Il n’y a pas de fumée sans feu. Un parti politique cherchera toujours des appuis. Quand on parle de l’ancien régime, le Rsp est un régiment fabriqué par cet ancien régime. Ce régiment a été conçu et élaboré par l’ancien chef de l’Etat, Blaise Compaoré, pour ses propres besoins. Sinon, je ne m’explique pas que Kosyam qui est un palais présidentiel devienne une caserne, même pas de toute l’armée, mais d’un régiment qui a des sautes d’humeur. Ce n’est pas vrai ! La preuve est qu’on ne peut pas facilement faire des Conseils de ministres là-bas. Si j’étais à la place de Michel Kafando aujourd’hui (ndlr, président de la transition), je déménageais et je considère que Kosyam est une caserne et doit être traitée comme telle.

Pendant une heure, Me Sankara a répondu sans détour aux questions du Club de L’Economiste du Faso. La photo de famille a mis fin à l’entretien. (YS)

Pendant une heure, Me Sankara a répondu sans détour aux questions du Club de L’Economiste du Faso. La photo de famille a mis fin à l’entretien. (YS)

– La commission mise en place par le président Kafando pour étudier le dossier Rsp va-t-elle accoucher de solutions probantes ?
Cette commission est une manœuvre dilatoire, inappropriée, inopportune. La Charte de la transition a prévu une commission pour tous ces cas. La sous-commission qui devrait s’occuper des réformes institutionnelles pouvait s’en saisir. Au-delà de tout cela, c’est l’autorité du Premier ministre qui est mise à rude épreuve.
Si le Premier ministre ne peut pas prendre un décret concernant un élément du peuple, cela veut dire qu’il n’a pas d’autorité. Si le chef de l’Etat est obligé de s’accommoder des revendications faites par une partie de l’armée, cela veut dire que c’est l’armée qui est au pouvoir. 1.300 hommes ne peuvent pas confisquer la vie de 17 millions de Burkinabè.

– Voulez-vous dire que sans autorité, le Premier ministre devrait démissionner ?
Pas démissionner ! Il devait sévir.

– Mais s’il n’a pas la force de sévir ?
C’est là tout le problème ! En ce moment, le peuple va faire avec, parce que ces organes de la transition sont l’émanation du peuple. Nous tous, nous serions partis pour assurer le Conseil des ministres, les journalistes devant (rires). Quelque part, nous avons tous failli. Jusqu’à preuve du contraire, je refuse de croire que le Premier ministre a cédé à des injonctions d’une partie du Rsp pour se contenter de son portefeuille.

– Certains pensent que ce Gouvernement n’a pas beaucoup de marge de manœuvre et fait du dilatoire pour passer la main au Gouvernement qui sera issu des élections d’octobre 2015….
(Rires !) . C’est de la lâcheté. Ce Gouvernement n’est pas là pour faire de la complaisance. Ce que vous dites est tellement vrai que le 6 janvier dernier le chef de l’Etat, en recevant la classe politique du Burkina Faso, annonçait que tout est rentré dans l’ordre en ce qui concerne les remous au sein du Rsp.
Ce qui vient de se passer prouve que rien n’était rentré dans l’ordre. Ce jour –là, le président Michel Kafando a dit qu’ils sont pressés de céder le pouvoir. C’est un aveu d’impuissance. Nous avons l’impression qu’on tergiverse et on joue avec le temps pour refiler une patate chaude à celui qui va venir. Si c’est comme cela, la transition est trahie quelque part et il y aura comme un goût d’amertume et d’inachevé. Il va falloir redoubler d’ardeur pour rester en phase avec les aspirations du peuple burkinabè qui a été à la base de l’insurrection.

– Avec tout ce qui se passe, pensez-vous que les élections d’octobre se tiendront à bonne date ?
Rien ne m’amène à douter.

A écouter le président de la Ceni (ndlr, Commission électorale nationale indépendante), il avait affirmé qu’en 6 mois, l’institution serait prête pour faire les élections. C’est vrai qu’il y a une ébullition à l’interne comme à l’externe. Même du côté de la Côte d’Ivoire, il y a des remous. Je pense que la Ceni est suffisamment avancée dans son agenda et pourra faire les élections.

– Où en êtes-vous avec le «dossier politiquement lourd» du président Thomas Sankara ?
Selon effectivement la ministre de la Justice, ce dossier est politiquement lourd. J’en conviens car ce dossier est entre les mains de la justice depuis 1987. En 2006 nous avons obtenu une décision au plan international qui devrait s’exécuter. Malheureusement, ceux qui étaient au pouvoir avaient des magistrats aux ordres (pour emprunter les mots d’un ancien ministre de la Justice, Boureima Badini). L’Etat de Blaise Compaoré avait refusé d’exécuter la décision du comité des droits de l’Homme de l’Onu en invoquant la journée de pardon de 2001. Avec l’insurrection, le président Kafando, lors de la passation de charges le 21 novembre 2014, avait été clair en disant qu’il faut tout de suite faire l’expertise. Le fond du dossier est là, étant entendu que la décision onusienne avait enjoint l’Etat du Burkina Faso de reprendre l’enquête. La nouvelle ministre devait revoir ses proches collaborateurs. Le Procureur général vient d’être installé. Il y a aussi que le conseil supérieur de la magistrature se tienne pour que les magistrats qui doivent être affectés le soient (Ndlr :le Csm a eu lieu et a procédé à des nominations de magistrats annoncées au Conseil des ministres du 11 février dernier).
Au regard de tous ces éléments, nous comprenons, en tant qu’auxiliaire de la justice (là, c’est l’avocat qui parle) pourquoi il y a eu cette lenteur. Maintenant, nous prenons les autorités au mot. Le Premier ministre Zida a dit ouvertement au cours d’une conférence de presse qu’il tient à la réouverture du dossier Thomas Sankara.

– Il est revenu que par rapport à l’identification du corps de Thomas Sankara, c’est du côté de la famille que ça traîne.
C’est le chef de l’Etat lui-même qui l’a dit. C’est une erreur. La famille a même introduit une procédure en justice contre l’Etat qui n’exécute pas une décision du comité des droits de l’Homme. Il ne s’agit pas pour la famille d’aller avec des pelles et des pioches pour ouvrir une tombe qui fait l’objet d’un procès. C’est une charge qui revient à l’Etat, même si c’est la famille qui est demanderesse.
C’est donc l’Etat qui traine les pieds. Cette tombe est supposée. Elle peut ne pas être la tombe de Sankara. Si la famille part ouvrir une tombe qui n’est pas celle de son fils, que va-t-elle faire ? Par contre, si on ouvre et que c’est la tombe de Thomas Sankara, qui est un héros national, le Gouvernement prendra-t-il d’autres dispositions ? Je n’en sais rien ! Mais cela va permettre à la famille de faire le deuil du président Sankara.

– Vous êtes visiblement dur avec les autorités de la transition. N’êtes-vous pas aussi comptable de la situation ? Les partis politiques, tout comme la société civile n’étaient organisés…
Je suis d’avis avec vous. Notre responsabilité en tant qu’acteurs politiques s’explique. J’ai déploré la fermeture précipitée de l’ex-Cfop (ndlr, chef de file de l’opposition politique). A la limite, c’était sur des desseins politiques de l’ex-chef de file de l’opposition politique. Les partis politiques qui composaient le Cfop constituaient la composante qui a été la plus active au plan politique. Il aurait fallu que cette dynamique puisse se poursuivre pour soutenir la transition. Effectivement, ceux qui sont arrivés n’avaient pas forcément une vision. Il appartenait aux partis politiques de garder ce cap comme gouvernail. Malheureusement, sur des calculs politiques, on pensait que le pouvoir était dans la rue et qu’on fallait aller rapidement le prendre. Je suis dur envers la transition pour dire que les autorités de la transition devraient savoir que leur légitimité vient du peuple. S’il n’y a pas d’agendas cachés, on fait recours au peuple. Les gens étaient plus préoccupés à chercher des postes au Cnt parce qu’il y avait des perdiems à prendre. J’ai dit au chef de l’Etat qu’on mettait les charrues avant les bœufs. Notre organe législatif devrait avoir des projets de textes qui sont en corrélation avec ce que les composantes voulaient. Il faut vraiment revoir les missions des uns et des autres. C’est vrai que la mission principale de la transition ce sont les élections, mais je reste convaincu que l’autre mission est de bâtir le socle de la nouvelle démocratie.

– Parlant de légitimité du peuple, ne pensez-vous pas que cela est mal compris lorsqu’on observe les revendications à n’en point finir et qui pourraient mettre à mal l’économie du Burkina ?
Je suis d’accord avec vous. Il ne faut pas confondre la légitimité et l’incivisme. La Charte de la transition a mis en bonne position la lutte contre l’incivisme. Effectivement, beaucoup de promoteurs se plaignent actuellement. Notre croissance est en train de baisser. Il y a une fronde qui ne s’explique pas. Après l’insurrection, il y a des attentes fortes. On peut revendiquer, mais il faut savoir le faire. C’est parce que ces populations sont dans un désarroi et estiment que l’Etat est inactif qu’elles utilisent des voies inaproppriées pour se faire entendre.

– Quelle réponse alors apporter à cette situation ?
C’est pourquoi à l’Unir/Ps, nous proposons un programme alternatif. Ce programme suppose qu’il faudrait changer toute la gouvernance et l’alterner avec un autre type de développement à la hauteur des attentes des populations. Le changement doit se faire sur la base d’un autre type de contrat social. Il nous faut innover.
De plus en plus, nous parlons d’un renouveau sankariste, c’est-à-dire proposer au peuple burkinabè une politique qui va en droite ligne des valeurs déclinées par la Charte de la transition, en réhabilitant la justice sociale. C’est parce qu’il y a des inégalités criardes, c’est parce que les uns narguent les autres que naissent les révolutions. Si le système insurrectionnel continue, c’est parce que, fondamentalement, le système est encore là.

– A vous entendre, l’Uir/Ps est déjà en campagne …
Tout à fait ! Nous sommes nés pour la conquête du pouvoir d’Etat.
– Vous êtes donc candidat à la prochaine présidentielle !
Ça, c’est le parti qui décide. Nous sommes dans le cadre d’un front (Front progressiste sankariste). L’essentiel pour nous est de trouver quelqu’un capable d’être porteur d’un projet de société à l’image de l’idéal que nous défendons.

– L’élection sera très disputée avec toutes ces candidatures annoncées. Pensez-vous déjà aux alliances et comment vont-elles se faire ?
Les alliances vont se faire en fonction des idéologies. Il faut des familles de regroupement. Nous pensons que les Sankaristes (il y a une dizaine de partis) doivent d’abord se regrouper. Pour y arriver, il faut d’abord aller par petits noyaux.

– Quels commentaires faites-vous du projet de votre confrère avocat, Me Gilbert Noël Ouédraogo de l’Adf/Rda, de faire le tour du Burkina pour prôner la réconciliation ? Serez-vous prêts à l’accueillir ?
Vous avez bien dit que c’est mon confrère (rires). C’est même un ami. A l’Unir/Ps, nous avons proscrit l’intolérance sous toutes ses formes. Je pense que c’est un bon geste de sa part. Si j’ai un conseil à lui donner, c’est d’aller aussi vers les partis politiques au lieu de se limiter aux autorités morales. Il ne faut pas s’emmurer derrière ces forces morales. Rappelez-vous que l’erreur qui a été commise par l’Adf/Rda, c’est quand, au moment de soutenir la modification de l’article 37, elle a fait savoir que ce sont les sages du parti qui l’ont conseillée à Fada de soutenir Blaise Compaoré. Vous voyez l’anachronisme de la démarche ? Si c’est un repentir sincère, je pense que tout Burkinabè peut être pardonné. Nous avions condamné le pardon de Blaise Compaoré parce qu’il n’était pas sincère. Il ne faut pas que Me Gilbert tombe dans les mêmes travers en voulant ruser.
Propos recueillis par la Rédaction et retranscrits par Alexandre Le Grand ROUAMBA

Commentaires
Numéro d'édition: 97

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.