Bien que cette décision de rendre certains services bancaires gratuits soit en leur faveur, les populations n’ont pas toujours l’information. Le paradoxe c’est que la décision de supprimer le paiement des 19 services a pour but de rehausser le taux de bancarisation de la zone Uemoa qui est très faible. (DR)

Services bancaires gratuits : La mesure est peu suivie

• Des banques ne l’ appliquent pas

• Des clients peu informés

• 19 prestations concernées

Depuis le 1er octobre 2014, 19 services bancaires sont gratuits dans toute la zone Uemoa. Cette décision de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) concerne les domaines de l’ouverture des comptes, le fonctionnement et le suivi desdits comptes, les moyens et opérations de paiement et les banques à distance.

Elle est la première phase d’un processus de la Bceao destiné à favoriser la bancarisation des populations.
Trois mois après l’application de la mesure, certaines banques du Burkina Faso traînent à l’appliquer. Après vérification de certains relevés de compte bancaire, il nous a été donné de constater que certaines banques tarifient toujours certaines prestations, notamment les retraits aux guichets automatiques, entre 100 et 500 FCFA par retrait.
Négligence ou refus d’obtempérer? La question reste posée. D’autres, par contre, respectent la réglementation de la Bceao, avec les 19 services répertoriés à 0 FCFA. C’est le cas de Ecobank. «Nous sommes une institution très à cheval sur le respect de la réglementation et cela fait partie de nos principes et obligations.
Partout dans la zone Uemoa, nous appliquons cette mesure. Bien avant cette décision, nous avions déjà beaucoup de services qui étaient gratuits. Seuls 3 des 19 services sur la liste de la Bceao étaient facturés», affirme un cadre de l’institution.
Les associations des consommateurs, soucieuses de l’application des textes, promettent de mener leurs enquêtes afin que la décision de la Bceao soit appliquée au profit des clients.
Cependant certains, comme Daniel Hien de la Ligue des consommateurs, restent sceptiques. «Il y a eu beaucoup de décisions qui ont été prises par l’Uemoa, mais qui n’ont jamais été appliquées, sans que personne ne s’en soit inquiétée. En exemple, la libre circulation des personnes et des biens n’est pas totalement respectée, sans qu’il y ait des sanctions. Nous ne serons pas surpris d’apprendre que certaines banques ne respectent pas la mesure. Néanmoins, nous allons nous pencher là-dessus au plus vite pour voir comment la décision est appliquée dans notre pays», a-t-il déclaré.
Bien que cette décision soit en leur faveur, les populations n’ont pas toujours l’information. Le paradoxe est que la décision de supprimer le paiement des 19 services a pour but de rehausser le taux de bancarisation de la zone Uemoa qui est très faible. Il serait autour de 7%, selon Souleymane Diarrassouba, président de l’Association des professionnels des banques et établissements, financée par la Côte d’Ivoire, dans un entretien accordé à un confrère sur un site en ligne. Hormis le communiqué émanant de la Bceao, il n’y a pas eu de campagne d’information des populations. Certaines banques essaient d’informer leurs clients à travers des stratégies propres à elles.
La gratuité des 19 services bancaires est un gros manque à gagner pour les banques. Cependant, la mesure est prise avec fair-play par certaines d’entre elles dont les responsables s’expriment en ces termes : «La gratuité des services a forcément un impact sur notre fonctionnement.
Mais nous assumons la charge, car c’est dans le souci de rehausser le taux de la bancarisation dans la zone Uemoa que cette décision a été prise. Et si le maximum de personnes a accès à la banque, cela va réduire les coûts et permettre aux banques de se rattraper».
Tout ceci devrait permettre de rendre plus accessibles les services bancaires à la majorité des populations de la zone Uemoa. Les responsables de la Bceao, par cette mesure, espèrent reproduire l’exemple du Maroc qui, en 2010, a supprimé 16 postes de commission.
Deux ans après cette mesure, le pays est passé de 49% de taux de bancarisation à 55%. «Nous avons fait mieux en supprimant 19 postes de commission dans l’espoir de l’amélioration de notre taux. Nous n’espérons pas un taux de 5 points, mais au moins 10 points au cours des deux ou trois prochaines années, compte tenu du fait que notre taux de bancarisation reste encore faible dans la zone», affirme Souleymane Diarrassouba. Bientôt, la seconde phase des résolutions prises dans ce cadre pourrait voir le jour. Elle concernera les services à facturer modérément et qui feront l’objet en temps opportun d’une communication de la Bceao.


 

La liste des services bancaires gratuits

1- Ouverture, fonctionnement et suivi de compte
– ouverture de compte ;
– délivrance de livret d’épargne ;
– tenue de compte sur livret d’épargne ;
– transmission de relevé de compte (une fois par mois) ;
– relevé récapitulatif des frais annuels ;
– dépôt d’espèces dans la banque du client quel que soit le guichet (hors acquittement de frais de timbre fiscal) ;
– retrait d’espèces dans la banque du client quel que soit le guichet, à l’exception des opérations par chèques de guichet ;
– domiciliation de salaire ;
– changement d’éléments constitutifs du dossier du client, notamment d’identification ;
– mise en place d’une autorisation de prélèvement (ordre de prélèvement à partir du compte) ou de virement permanent (création du dossier) ;
– clôture de compte.

2- Moyens et opérations de paiement
– retrait auprès d’un guichet automatique (Gab/Dab) de la banque du client ;
– paiement par carte bancaire au sein de l’Uemoa ;
– consultation de solde et édition du relevé de solde au Gab/Dab dans la banque du client ;
– virement de compte à compte dans la même banque ;
– encaissement de chèques tirés sur une banque de l’Union ;
– encaissement de virements nationaux, communautaires et internationaux.

3- Banque à distance
– devis de débit et de crédit par voie électronique ;
– consultation et édition du solde et de l’historique du compte à travers le Gab/Dab de la banque du client.

Germaine BIRBA

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Numéro d'édition: 95

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