La grande percée de Maroc Telecom

• 6 filiales de Etisalat tombées dans son escarcelle

• Une transaction de 650 millions de dollars

• L’Afrique de l’Ouest et francophone sous contrôle

Maroc Telecom est désormais présente sur une large partie de l’Afrique de l’Ouest et sur presque toute sa partie francophone. Le Groupe couvre à ce jour 10 pays.

Maroc Telecom est désormais présente sur une large partie de l’Afrique de l’Ouest et sur presque toute sa partie francophone. Le Groupe couvre à ce jour 10 pays.

C’est en quelque sorte le deuxième volet d’une opération «win-win», c’est-à-dire gagnant-gagnant, qui vient d’être finalisé entre l’opérateur émirati Etisalat et sa filiale Maroc Telecom. Etisalat vient de céder à l’opérateur marocain 6 de ses filiales «Moov» présentes au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Niger, en République centre-africaine et au Togo.

Premier opérateur telecom dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (Ccg), Etisalat était également présente sur le continent africain en tant qu’actionnaire majoritaire de la holding Atlantique Telecom, qui opère sous la marque Moov en Afrique subsaharienne.
Lorsqu’en mai 2014 Etisalat a pris le contrôle de Maroc Telecom en rachetant les parts de Vivendi (53%) dans le capital de l’opérateur marocain, la transaction incluait également d’activer les synergies.
Le nouvel actionnaire majoritaire de Maroc Telecom devait se retirer de l’administration directe de ses possessions en Afrique francophone et les faire contrôler par sa filiale. C’est désormais chose faite. Au lieu d’être un acteur de premier plan sur la partie francophone du continent, Etisalat cède, sous forme de vente, ses participations dans les 6 pays à Maroc Telecom. L’opérateur marocain lui servira de base de développement sur cette partie de l’Afrique.
A travers le même deal, Maroc Telecom acquiert également Prestige Telecom qui fournit des prestations IT pour le compte des filiales de Etisalat dans ces pays. Le montant total de l’opération est de 650 millions de dollars, soit un peu plus de 388 milliards de FCFA.
La mise en œuvre effective de ce pan de la relation d’affaires était soumise à l’obtention des autorisations nécessaires dans les pays concernés. Cet obstacle semble maintenant levé.
En Côte d’Ivoire, par exemple, le Gouvernement a adopté un décret portant «autorisation de changement d’actionnariat de la société Atlantique Telecom Côte d’Ivoire (Moov CI)», lors de son tout premier conseil des ministres de 2015 tenu le 7 janvier. Un texte qui entérine la prise de participation par Maroc Telecom dans le capital de Moov CI en lieu et place de Etisalat.
Maroc Telecom est très satisfaite de ces nouvelles acquisitions sur le continent africain. «La finalisation de cette acquisition marque une importante étape dans le développement du groupe Maroc Telecom et renforce son positionnement stratégique en tant qu’acteur majeur des telecoms en Afrique présent dans 10 pays à fort potentiel de croissance», a déclaré Abdeslam Ahizoune, président du directoire du Groupe.
En Afrique francophone, l’opérateur était déjà présent au Burkina (Onatel), au Mali (Sotelma), en Mauritanie (Mauritel) et au Gabon (Gabon Telecom).

 


 

Telecel de plus en plus isolé

Les acquisitions de Etisalat permettent donc d’élargir la surface du Groupe et même d’accentuer sa présence dans certains pays où il opérait déjà. C’est le cas au Gabon. L’acquisition de Moov Gabon permet à Maroc Telecom d’avoir une double présence dans ce pays.
Le même scénario aurait pu se produire au Burkina, si Telecel était resté sous la tutelle de Atlantique Telecom. A l’issue de la longue bataille judicaire qui a opposé Planor Afrique de Apollinaire Compaoré à Atlantique Telecom, c’est le Burkinabè qui a gagné le contrôle de Telecel. Cela a empêché que Telecel Faso ne prenne l’appellation Moov, comme cela a été pour toutes les sociétés de téléphonies anciennement détenues par Atlantique Telecom. Depuis lors, la situation de Telecel est comparable à celle d’un cavalier solitaire et sans famille.
Sur le marché national, il est en concurrence âpre avec les filiales de puissantes multinationales (Airtel et Telmob). Dans la sous-région, il manque d’homologue dans un espace investi par les réseaux comme ceux de Moov, Orange ou Mtn, qui ont tous des tentacules dans plusieurs pays. La nouvelle situation créée par Maroc Telecom vient accentuer la pression sur Telecel et aggraver son isolement.

Karim GADIAGA

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Numéro d'édition: 95

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