Taiwan : Opération de charme en cours

• Rester après Blaise

• Prête à suivre la nouvelle dynamique

• Rassurer les autorités et se rassurer

Le 5 décembre dernier, l’ambassadeur Shen Cheng-Hong a obtenu une audience du  président du Faso. Il a parlé avec Michel Kafando des dossiers de la coopération dans lesquels son pays est impliqué au Burkina. Il a surtout exprimé la volonté de Taiwan de renforcer cette coopération.  (Ph/ Yvan SAMA)

Le 5 décembre dernier, l’ambassadeur Shen Cheng-Hong a obtenu une audience du président du Faso. Il a parlé avec Michel Kafando des dossiers de la coopération dans lesquels son pays est impliqué au Burkina. Il a surtout exprimé la volonté de Taiwan de renforcer cette coopération. (Ph/ Yvan SAMA)

Cela n’a pas échappé aux observateurs. Taiwan, en ces temps difficiles de la transition, a sorti le grand jeu. Objectif: maintenir ses relations diplomatiques avec le Burkina Faso. Le sujet est loin d’être banal. Parce que dès sa prise de pouvoir, l’ancien chef de l’Etat et actuel Premier ministre Yacouba Isaac Zida avait laissé entendre qu’il considérait que certaines relations ne profitent qu’à des intérêts individuels. Suivant la logique, il fallait revoir certaines coopérations que le Burkina entretient avec l’extérieur. Le Lieutenant-Colonel Zida s’était abstenu de nommer un pays, mais au sein de l’opinion beaucoup avaient vu Taiwan parmi les pays concernés par le propos de l’ancien chef de l’Etat.

Et le débat sur le choix entre la Chine populaire ou la Chine Taiwan a été relancé par ceux qui ont mené la révolution et fait tomber le régime de Blaise. Ils sont nombreux aujourd’hui à considérer que la Grande Chine est plus pragmatique dans sa coopération et n’hésite pas à offrir de grandes réalisations (autoroutes, ponts, stades, etc.) aux pays où elle est diplomatiquement présente.
Egalement, à leurs yeux, faire l’option de la Grande Chine, c’est aussi suivre une tendance dans laquelle de nombreux pays, anciennement liés à Taiwan, ont préféré s’engouffrer ces dernières années. Ces partisans de la Chine populaire estiment qu’on ne peut pas continuer à ignorer diplomatiquement un marché de plus de 1,3 milliard d’habitants. La Chine populaire, l’une des grandes puissances économiques dans le monde, est même perçue comme la première puissance économique depuis peu.
Sur le continent africain, elle est actuellement en train de réaliser une percée extraordinaire, qui ne laisse personne indifférent. Ce sont tous ces arguments qui sont opposés à Taiwan depuis un bon moment déjà. Avec le soulèvement populaire, qui ouvre une nouvelle ère au Burkina, l’envie est grande pour certains d’ouvrir officiellement le pays à la Chine populaire. Des leaders politiques comme Zéphirin Diabré, ancien Chef de file de l’opposition au pouvoir de Blaise Compaoré, d’obédience libérale, avait déjà indiqué qu’il s’engagerait avec Pékin en cas d’accession au pouvoir.
Mais visiblement, Taiwan ne veut pas se taire et subir les choses comme une fatalité. La diplomatie taïwanaise ne le confesse pas ouvertement, mais l’actuelle débauche d’énergie de l’ambassadeur Shen Cheng-Hong traduit cette volonté de ne pas perdre le Burkina comme allié diplomatique de premier plan sur le continent. Plusieurs actes ont été posés depuis le changement de pouvoir suite à l’insurrection. Au moment même où le Lieutenant-Colonel Zida, ancien chef de l’Etat, était sous la pression de la communauté nationale et internationale, qui souhaitait qu’il rende le pouvoir aux civils, l’ambassadeur de la Chine Taiwan était allé le rencontrer.
Très tôt, le diplomate a voulu avoir des assurances sur la coopération entre les deux pays. Il était allé devant le Lieutenant-Colonel Zida renouveler les engagements de son pays et la volonté de poursuivre les chantiers prévus.
Pour marquer sa volonté d’accompagner le développement du Burkina, Taiwan a aussi frappé fort avec la promesse faite, il y a quelques semaines, d’allouer plus d’un milliard de FCFA pour aider à restaurer les équipements de la télévision nationale saccagés lors de l’insurrection. Et les manifestations de bonne volonté se sont poursuivies.
Tout dernièrement, l’ambassadeur Shen Cheng-Hong a été reçu en audience par le président Kafando. «Le bien-être des Burkinabè est une grande préoccupation pour le gouvernement de Chine Taïwan. J’ai rassuré M. Kafando que nous allons travailler à renforcer davantage la coopération bilatérale entre nos deux peuples», a indiqué le diplomate à sa sortie d’audience. L’intervention de Taiwan au Burkina est axée sur quatre grands volets qui sont le projet riz pluvial, la formation professionnelle, l’assistance médicale, les énergies renouvelables et le solaire. Selon l’ambassadeur Cheng-Hong, cette coopération va être renforcée. C’est une véritable opération de séduction. C’est fort probable que ces arguments suffisent dans cette période de transition. Il reste maintenant à savoir ce qu’il en sera à l’issue des élections de novembre 2015, qui désigneront un nouveau pouvoir. Une coopération bilatérale en transition donc.o

Karim GADIAGA


20 ans de coopération avec le Burkina

On le sait, diplomatiquement, les deux Chines ne cohabitent pas dans un pays. Quand un pays s’engage avec Taipei, Pékin s’y retire. Pour Pékin, le principe c’est : «Nous ou Taiwan». Du moins, jusqu’à une certaine période car les positions semblent s’assouplir sur ce plan. Des pays africains comme l’Algérie, le Nigeria et l’Afrique du Sud accueillent des bureaux de représentation de Taiwan tout en restant des fidèles amis de la Chine populaire. Mais dans les faits, la balance des relations diplomatiques a plutôt penché en faveur de Pékin depuis un certain temps.
Beaucoup de pays en Afrique ont dû rompre leurs relations avec Taiwan pour s’engager avec la Chine populaire. La vague des défections a commencé avec le Lesotho en 1994. Le Niger a suivi en 1996. Deux ans plus tard, c’était au tour de la Centrafrique, de l’Afrique du Sud et de la Guinée-Bissau. En 2001, Taiwan pouvait encore compter sur huit fidèles alliés. Entre 2003 et 2008, le Liberia, le Sénégal, le Tchad et le Malawi ont aussi fait défection. Sur le continent africain, il ne reste à ce jour que le Burkina Faso, le Swaziland et São Tomé et Príncipe.
Au Burkina, Taiwan a permis, entre autres, la construction du centre national de référence en matière de formation professionnelle et technique à Ziniaré, le palais présidentiel de Kossyam, l’Hopital national Blaise Compaoré, le financement des engagements nationaux, etc.

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Numéro d'édition: 88

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