Entreprises saccagées : «Cette situation aura des conséquences sur l’emploi» selon le Patronat burkinabè

Birahima Nacoulma, président du Conseil national du patronat burkinabè (Cnpb). (DR)

Birahima Nacoulma, président du Conseil national du patronat burkinabè (Cnpb). (DR)

Comme en 2009 et en 2011, les entreprises ont encore fait les frais d’un événement hors norme. Le Conseil national du patronat burkinabè (Cnpb) qui défend les intérêts des patrons est à l’œuvre pour faire face à la situation. Prudent, le président du Cnpb, Birahima Nacoulma, fait un constat amer et attend des réponses urgentes, à travers la concertation avec les nouvelles autorités : la survie des sociétés est en jeu, ainsi que celle des emplois.

– L’Economiste du Faso : Des entreprises ont été objets d’actes de vandalisme, quel commentaire faites-vous de cette situation ?
Birahima Nacoulma, président du Conseil national du patronat burkinabè (Cnpb) : Merci de nous avoir donné l’opportunité de nous prononcer sur les évènements qui ont eu lieu dans notre pays et qui ont porté préjudice aux entreprises et aux institutions.
Avant tout propos, permettez- moi de présenter les condoléances aux familles éplorées et souhaiter prompt rétablissement aux malades.
Le Conseil national du patronat burkinabè agit pour le compte de l’ensemble des entreprises du secteur privé, tous secteurs confondus, en mettant l’accent sur le patriotisme économique et l’instauration d’un dialogue permanent Etat- secteur privé, pour l’émergence d’un secteur privé burkinabè fort et compétitif.
Nous regrettons les malheureux incidents dont les entreprises ont été une fois de plus objets, comme en 2009 (inondation) et en 2011. Vous n’êtes pas sans savoir que les entreprises burkinabè sont constituées à plus de 80% de Pme/Pmi dont la majeure partie relève de l’économie informelle. Le secteur privé rencontre déjà de nombreuses difficultés pour son développement. Ces genres de situations portent un coup dur à ce secteur et cela contribue à mettre en retard l’économie burkinabè qui, vous le savez, est très fragile.
Ces actes de vandalisme vont causer naturellement la perte de l’outil de travail, la revue à la baisse du chiffre d’affaires, des compressions de personnel, les difficultés de financement par le secteur bancaire et autres partenaires financiers et la perte de mémoires des administrations privées et publiques pillées.

– A-t-on une idée du nombre d’entreprises en difficulté et du nombre de travailleurs en chômage technique actuellement ?

Nous savons que plusieurs entreprises ont été touchées par ces derniers événements. Ces entreprises exercent dans le secteur de l’hôtellerie, le commerce, les banques, les mines, le Btp, les assurances, les transports, etc. Pour le moment, aucune évaluation chiffrée n’a été faite et nous nous attelons à cela. Mais, au regard de l’ampleur des dégâts ayant touché plusieurs entreprises, le coût des dégradations constatées durant ces événements devrait atteindre plusieurs centaines de milliards de F CFA.
Cette situation aura des conséquences sur l’emploi et certaines entreprises seront obligées de procéder à des compressions de personnel. Pire, les entreprises ou les unités de production saccagées vont faire faillite, selon l’importance des dégâts causés. Le chômage technique a une autre connotation et ne peut être mis en œuvre qu’en cas de difficultés économiques éprouvées par l’entreprise et doit suivre une procédure dont les dispositions sont contenues dans la réglementation du travail. Mais vous conviendriez avec nous que nous ne sommes pas dans ce cas de figure, qui est plutôt un cas de préjudice commis par des auteurs inconnus, un effet de foule.
Aussi des sentiments d’incertitude peuvent naître car au-delà des dégâts causés durant ces mouvements, le risque le plus grand pour l’économie burkinabè réside dans la méfiance des investisseurs et le désintéressement des bailleurs de fonds. Si l’incertitude politique dans laquelle le pays est plongé devait durer, elle pourrait conduire les opérateurs économiques, notamment dans le secteur des mines qui demande de lourds investissements, à revoir leurs décisions d’investissements. Par ailleurs, si la lenteur de la transition vers un pouvoir civil devait entraîner la suspension de l’aide multilatérale, l’économie burkinabè serait fortement affaiblie.

– De quel type de soutien peuvent bénéficier ces entreprises pour se remettre à flot ? Qu’attendez-vous éventuellement des nouvelles autorités ?
Au regard de la situation actuelle, il est difficile à chaud de vous dire de quel type de soutien elles peuvent bénéficier pour se remettre à flot. Nous pensons qu’il faut dans l’urgence recréer la confiance institutionnelle. Il est aussi nécessaire de recenser toutes les entreprises qui ont été touchées, faire une évaluation exhaustive des dégâts subis par les entreprises et enfin rencontrer les acteurs afin de déterminer le type de soutien dont ils ont besoin.
Après cela, des mesures pourraient être prises et pourraient porter sur l’indemnisation, l’assurance et l’accompagnement des opérateurs économiques victimes de la crise, ainsi que le soulagement des entreprises par l’apurement des arriérés de factures impayées de l’Etat, le remboursement des obligations et autres titres échus de l’Etat.
Il est possible de reporter le paiement des impôts dus par les entreprises vandalisées, accorder des allègements fiscaux et sociaux aux entreprises et à leurs personnels, afin de favoriser l’embauche et la croissance.
Le Conseil national du patronat burkinabè lance un appel aux autorités de la transition pour veiller à l’implication effective du secteur privé dans le processus de la transition, notamment pour les décisions qui impactent la vie des entreprises et l’économie du pays, eu égard à la confiance du secteur privé au niveau national comme international qui s’est fortement érodée et qui place les investisseurs dans une position attentiste dans la quasi-totalité des secteurs. Aussi, elles doivent restaurer la sécurité afin de mettre en confiance les investisseurs et les partenaires du Burkina. Nous appelons aussi les nouvelles autorités à poursuivre les différentes concertations avec toutes les composantes de la société. Pour le Cnpb, c’est seulement dans le partenariat que l’on pourra relever les défis qui nous attendent et donner un nouvel élan à la croissance, pour construire notre chère patrie.

– Un mot du Patronat à l’endroit des patrons sinistrés et du public ?
A l’endroit des patrons sinistrés, nous leur réitérons nos encouragements et notre soutien moral. Nous les rassurons de notre disponibilité pour toutes formes de concertations et d’actions futures à entreprendre dans le cadre de la relance de leurs affaires. Car, aucun pays ne peut prétendre au développement sans un secteur privé épanoui et stable.
C’est la première condition de l’émergence de l’économie d’un pays. Le Conseil national du patronat burkinabè, dont la mission est de représenter et de défendre les intérêts des entreprises, souhaite que les préoccupations des entreprises saccagées soient impérativement prises en compte par les nouvelles autorités, en concertation avec toutes les parties prenantes. A l’endroit du public, le Cnpb lance un appel au calme et à la retenue afin de privilégier les voix de dialogue en vue d’un dénouement aux crispations actuelles.
F.W

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Numéro d'édition: 83

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