La raison principale qui est avancée pour expliquer cette rareté des «Bonnes» est la scolarisation croissante des filles. Ce qui laisse entendre que de plus en plus, les parents de ces dernières ont pris la mesure de la nécessité d’envoyer leurs filles à la lumière de l’école plutôt que de les maintenir cachées derrière les murs des foyers.

Ménages: Les «Bonnes» se font rares

• La faute à la scolarisation des filles

• Des agences de placements fleurissent

• La bonne affaire des particuliers

Les aides ménagères communément appelées «Bonnes» ou travailleuses domestiques ont la cote ces temps-ci dans les grandes agglomérations. Elles sont devenues rares. Cette main-d’œuvre jadis bon marché, les ménages se la disputent en montant les enchères. Les domestiques n’ont jamais autant été courtisées. Des agences de placement sont créées pour servir d’intermédiaires.

S’attacher les services d’une domestique relevait, il y a quelques années, d’une affaire des familles aisées. Aujourd’hui, cette assistance s’impose comme une nécessité pour toutes les familles moyennes. Mais voilà, il y a comme une pénurie de main-d’œuvre. Elles sont saisonnières, notamment en hivernage. Mais cette fois la tendance est plutôt inquiétante, paroles de femmes.De nombreuses femmes en ont fait l’amère expérience. «Cela fait pratiquement un an que je suis à la recherche d’une Bonne, mais j’avoue que c’est difficile de trouver de petites filles maintenant», avoue Salimata Doussa, communicatrice qui, en désespoir de cause, attend la prochaine venue des réseaux de placement. Et là encore, il faut être parmi les premiers.
CS, une dame travaillant dans le privé, cherche depuis quelques mois une domestique pour appuyer sa mère dans les tâches ménagères.
Elle a eu vent la semaine dernière que des «Bonnes étaient disponibles à Hamdalaye, un quartier au nord de Ouagadougou. Le temps de s’y rendre, plus rien».
La raison principale qui est avancée pour expliquer cette rareté de la ressource est la scolarisation croissante des filles. Selon les employeuses, en dehors des vacances scolaires, les filles ne sont plus disponibles.
Ce qui laisse entendre que, de plus en plus, les parents de ces dernières ont pris la mesure de la nécessité d’envoyer leurs filles à la lumière de l’école plutôt que de les maintenir cachées derrière les murs des foyers. «Pour avoir une domestique de nos jours, il faut passer une commande, mais là encore les parents préfèrent scolariser leurs enfants que de les laisser venir en ville», explique un agent de l’Action sociale. Le responsable de l’Action sociale de la ville de Bittou à l’Est du pays confirme qu’il va être de plus en plus difficile de trouver de petites filles pour les tâches ménagères dans les familles hôtes à cause justement de la scolarisation, mais aussi de la lutte contre le trafic et le travail des enfants.
Aussi les mesures de dissuasion prises par les autorités ont quelque peu contribué à freiner le «phénomène» ; précise Assétou Dabiré/ Traoré du syndicat national des travailleurs de maisons et de gardiennage. Tout porte donc à croire que les actions de formation et de sensibilisation menées ces dernières années par les ministères en charge de l’Education et de l’Action sociale, des Ong et des associations œuvrant dans la défense des droits humains commencent à porter fruits.
En 2012, plus de 2.980 adolescentes déscolarisées et non scolarisées ont été encadrées au niveau des cours du soir, avec un taux moyen de réussite au Certificat d’études primaires (Cep) de 65%. 619 filles ont reçu des formations dont 211 exercent des métiers en couture, mécanique, électronique, plomberie. 480 filles et mères de la province du Sourou ont bénéficié de subventions pour permettre leur autonomisation. Toutes ces actions visent à réduire la migration de ces filles vers les centres urbains, selon Lamizana/Sanfo, coordonnatrice nationale du Forum des éducatrices africaines Burkina (Fawe)
Trouver des filles et les placer dans les familles devient donc une activité qui se développe surtout dans la capitale.
Du côté de l’Action sociale, on estime que le phénomène des filles domestiques est devenu au fil du temps un business juteux. D’où l’existence de structures, telles des maisons de placements ou des particuliers qui souvent installés de façon illégale, jouent les intermédiaires entre ces filles et les familles d’accueil. En effet, les aides ménagères, immigrées pour la plupart, sont placées au gré d’un accord entre ces intermédiaires et les employeurs. Selon Emile Zabsonré, directeur de la protection et de la promotion de la famille, la rémunération est généralement discutée entre les deux parties. Cependant, dit-il, «c’est souvent compliqué parce qu’il y a certaines rémunérations qui ne respectent pas le salaire minimum interprofessionnel garanti qui est d’environ 35.000 F CFA». Mais à ce niveau, les employeurs sont pour la plupart réservés quant au montant à payer. Beaucoup le trouvent trop élevé pour leurs bourses.
Déscolarisées ou non scolarisées, sans qualification, ces filles, âgées en moyenne de 12 à 16 ans, sont en majorité des migrantes venues des provinces, donc vulnérables, et évoluent dans des espaces privés hors des regards du public et en l’absence de protection juridique suffisante. Leurs conditions varient d’un employeur à un autre. Mais d’une façon générale, ces filles sont exposées à toutes sortes d’abus et de maltraitances.
La rémunération est également comprise entre 10 et 20.000 F CFA, avec en option gîte et couvert. Dans tous les cas, les «placeurs» récupèrent une commission sur la rémunération (la mise de base étant de 5.000 F CFA ndlr).
Un business lucratif dont les effets se traduisent également par une désertion des Bonnes des familles, explique Assétou Dabiré/Traoré. Selon elle, les jeunes filles préfèrent s’adonner à de petits métiers ou exercer un petit commerce qu’elles jugent plus dignes.

 


 

Ce que dit la loi

Au Burkina Faso, un cadre juridique en faveur des enfants travailleurs existe, mais pas en ce qui concerne spécifiquement le travail domestique. C’est le cas de la Constitution qui, en son article 2, interdit les pratiques esclavagistes, les traitements inhumains et cruels, les sévices et les mauvais traitements infligés aux enfants. Aussi le Code du travail au Burkina Faso fixe-t-il l’âge minimum d’admission au travail à 16 ans et ce en conformité avec la loi d’Orientation de l’éducation qui prescrit l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans ; la loi 029-2008/AN portant «lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées» qui protège les enfants. Puis la Convention 182 de l’Organisation internationale du travail (Oit) portant «Interdiction des pires formes du travail des enfants et de la traite». Cependant, aucun de ces instruments ne régit spécifiquement la profession des enfants travailleurs domestiques.

CD

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Numéro d'édition: 82

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