Economie verte inclusive: Le Burkina s’y prépare

Dr Gountiéni D. Lankoandé, le consultant qui a conduit l’étude. (DR)

Dr Gountiéni D. Lankoandé, le consultant qui a conduit l’étude. (DR)

Le Burkina Faso est-il prêt à aller vers un développement basé sur l’Economie verte inclusive (EVI) et une transformation structurelle (TS)? C’est la principale question à laquelle devaient répondre des cadres, responsables des services techniques centraux et déconcentrés de certains départements ministériels, des acteurs concernés par la question de l’économie verte. Les travaux se sont déroulés le 16 octobre 2014 à Ouagadougou sur la base d’une étude du Dr Gountiéné D. Lankoandé du Groupe de recherche et d’analyse appliquées pour le développement (GRAAD).

L’étude a été initiée et financée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), conduite par Gountiéni D. Lankoandé du Graad, avec le soutien de la Direction générale des études et de la planification (DGEP) du ministère de l’Economie et des finances (MEF). A la question centrale de l’étude, le consultant a donné une réponse positive du fait que l’économie verte inclusive possède beaucoup plus d’avantages. Avant de parvenir à la conclusion que le pays peut et gagnerait à s’engager dans cette forme de développement, le consultant, Dr Gountiéné est parti du constat que le Burkina a connu de nombreuses politiques et stratégies dans le sens de son développement.
Le contexte est celui d’un classement régulier du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) défavorable. Des politiques ont donc été adoptées et mises en œuvre aux fins d’inverser la tendance. Font partie de ces politiques, la Stratégie de réduction de la pauvreté (SDRP) et le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP). Aucune de ces politiques et réformes n’a fondamentalement changé la situation, surtout au plan social. Des équilibres ont pu être rétablis, mais la pauvreté n’a reculé que de 2,5 points, ce qui traduit de fait une contradiction entre les performances économiques et la situation sociale.
SCADD et économie verte inclusive

Yacouba Gnégné a représenté la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies. (DR)

Yacouba Gnégné a représenté la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies. (DR)

La SCADD étant la référence actuelle de la gouvernance économique au Burkina, le consultant a fait ressortir que ce référentiel est construit sur des principes d’économie verte inclusive, quand bien même il manque des chaînons, à savoir : les actions à caractère éco-innovant avec une meilleure efficacité et des actions pour assurer la pérennisation du patrimoine environnemental commun de production de la valeur économique. Dans le domaine économique, le rapport a retenu six secteurs que sont l’agriculture, les mines, les industries manufacturières, les transports et le tourisme.
Dans un secteur comme dans l’autre, la prise en compte, l’engagement et le positionnement pour une meilleure gouvernance environnementale, l’adoption et le respect des textes s’avèrent une nécessité. Dans le domaine social, des secteurs comme la santé et l’éducation demeurent encore faibles en termes de budgétisation. Leur accès posant toujours problème à une bonne partie de la population, pourtant les principes déclinés dans les programmes aussi bien de l’éducation que dans la santé sont favorables à une économie verte inclusive. C’est dans le domaine de l’environnement que le terrain semble bien balisé pour la mise en œuvre d’une économie verte inclusive. Aussi bien dans le secteur de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement que des sols productifs, l’EVI peut bien avoir sa place.
Des défis, oui !
Les défis dans le secteur de l’énergie résident surtout en la réorganisation institutionnelle, au renforcement du rôle de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARSE), en l’accélération du transfert des compétences aux communes, en l’accompagnement du développement d’outils fiscaux et financiers en faveur des biocarburants et la mise en œuvre d’outils de contrôle. Au niveau de l’eau, l’amélioration de l’offre de biens et services aux acteurs agricoles devra être priorisée afin que ces derniers puissent œuvrer à la valorisation de l’eau et l’usage d’intrants agricoles, sans oublier la valorisation des principes de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Autant de défis à relever qui permettront l’application sereine des principes de l’économie verte inclusive. Outre l’EVI, le Dr Lankoandé a révélé une nécessaire transformation structurelle en vue du développement.
Une nécessaire transformation structurelle
Partant de la définition retenue, le consultant a reconnu que le Burkina ne dispose pas encore de programme de transformation structurelle. Néanmoins, la SCADD se présente selon lui comme un avant-projet de programme de transformation structurelle puisque dans ce référentiel, tous les éléments de cette transformation structurelle s’y trouvent. C’est le cas de la base de réformes structurelles comme condition d’atteinte des objectifs fixés. Des aspects positifs conduisant à cette transformation structurelle ont été ressortis par le consultant dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire.
Cependant, des défis restent à relever à ce niveau également, surtout «dans les secteurs productifs où la SCADD devrait être plus explicite sur les types de performances et les options technologiques appropriées pour accompagner ces performances», souligne l’étude. En conclusion, le Dr Gountiéni D. Lankoandé, tout en admettant que le Burkina Faso ne dispose pas encore de politique d’économie verte inclusive à proprement parlé encore moins de programme de transformation structurelle, a précisé qu’il a les moyens pour y parvenir si les défis susmentionnés sont relevés. Le représentant de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies, Yacouba Gnégné, a salué les performances économiques du Burkina Faso quand bien même cela n’a pas encore bénéficié efficacement au plan social. Il a en outre confié que tout l’espoir de la CEA réside dans l’identification et la définition de domaines dans lesquels la CEA peut contribuer à soutenir le Burkina Faso en matière d’économie verte inclusive et de transformation structurelle. Les participants à l’atelier devaient donc améliorer le rapport de l’étude afin de le rendre plus adapté au contexte et applicable.

 


 

Concepts et définition de l’Economie verte inclusive (EVI)

• Economie verte : le concept est apparu en 1989 et s’est hissé au premier plan des considérations économiques. Il a acquis toute sa pertinence en 2008-2009. Aujourd’hui, il existe différentes définitions du concept construites autour du même noyau. Le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE) le définit comme «une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie des ressources». Il convient de préciser que l’économie verte ne remplace pas le développement durable et se présente plutôt comme un instrument de sa réalisation. En parlant d’économie verte, il est de plus en plus admis que ce sont les trois dimensions du développement durable (sociale, environnementale et économique), d’où l’utilisation de l’expression «économie verte inclusive».
• Transformation structurelle (TS) : la transformation structurelle est l’état d’une économie à un moment résultant d’un processus au terme duquel, grâce à la croissance économique, émerge une modification de la configuration sectorielle de l’économie par rapport à une période antérieure. Elle se définit essentiellement par quatre processus interconnectés :
– une réduction de la part de l’agriculture dans le Pib et l’emploi
– une urbanisation rapide résultant de la migration des zones rurales vers les zones urbaines
– une économie moderne basée sur l’industrie et les services
– une transition démographique vers des taux de natalité et de mortalité moins élevés.
Ainsi, une bonne transformation structurelle doit permettre de passer du contexte macroéconomique actuel à un contexte d’agriculture plus productive qui soutient le développement industriel et celui des services modernes devenus éco-efficaces et où les richesses créées sont reparties de manière équitable et permettent des investissements dans le développement du capital humain. o Source : Rapport provisoire d’étude

 

Principaux défis et contraintes

La faiblesse, voire le refus de l’adhésion des autres acteurs
Les ressources financières et matérielles
Les ressources humaines
La coordination des politiques
L’absence de technologies appropriées
Le coût des énergies propres (appropriées)
La volonté et l’engagement politique
La prise de conscience au niveau de la société civile
Le contexte socioéconomique et environnemental contraignant. o Source : Rapport provisoire d’étude

Jean De Baptiste OUEDRAOGO

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Numéro d'édition: 80

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