Ebola et tourisme communautaire: « La situation n’est pas catastrophique »

Gustave Diasso, Directeur de l’Artisanat et du tourisme à la Commission de l’Uemoa. (Ph.: Y.S)

Gustave Diasso, Directeur de l’Artisanat et du tourisme à la Commission de l’Uemoa. (Ph.: Y.S)

La journée mondiale du tourisme commémorée le 27 septembre et  placée sous le thème du développement communautaire est teintée  d’inquiétude dans les pays ouest-africains qui luttent pour juguler l’épidémie d’Ebola en cours depuis janvier 2014. Même si aucun des huit pays de l’Uemoa n’est infecté par la fièvre rouge, la crainte demeure grande pour les populations et les potentiels touristes qui  commencent à contourner la destination Afrique de l’Ouest. L’impact de l’épidémie se fait sentir. Les responsables en charge de la promotion de l’industrie touristique se préparent à réagir. Le directeur de l’Artisanat et du tourisme à la Commission de l’Uemoa, Gustave Diasso, nous en parle.

L’Economiste du Faso: Du 15 au 19 septembre était prévu un atelier de validation d’une étude relative à l’harmonisation du cadre réglementaire des activités et professions touristiques dans l’Union. Réunion reportée pour respecter des mesures restrictives de prévention, face à l’épidémie d’Ebola. Dites-nous ce que la maladie a eu comme impact sur l’activité touristique de la zone Uemoa ?
Il y a des événements successifs qui ont cassé le rebond du tourisme dans notre espace. A peine nous étions en train de sortir de la crise sécuritaire au Mali que le virus Ébola est arrivé. Ces deux événements conjugués ont cassé la dynamique qui était enclenchée depuis 2010, celle de repositionner l’Uemoa en tant que destination touristique sur les marchés émetteurs. Cela dit, la situation n’est pas non plus très catastrophique. Ce que nous vivons aujourd’hui est plutôt de la psychose. Comme vous le savez, aucun pays de l’Uemoa n’est infecté par le virus Ebola, mais la psychose fait qu’on assiste à beaucoup d’annulations de vols, de voyages, de désaffection des destinations de l’Union. C’est maintenant que les programmations des saisons touristiques se passent, donc ça tombe vraiment mal, parce que beaucoup de tours operators, ne sachant pas comment va évoluer la situation consécutive à l’épidémie, sont en train de choisir d’autres destinations au lieu de l’Afrique de l’Ouest.
Nous sommes étiquetés sur le plan international et cela affecte l’industrie touristique au plan communautaire. La situation varie en fonction des pays et touche beaucoup plus ceux qui comptent sur le tourisme. Je veux parler du Sénégal et la Côte d’Ivoire qui payent un lourd tribut, plus  que les autres pays. Globalement, tous les autres pays sont affectés par la psychose, ce qui fait que les visiteurs prennent des mesures de prudence. J’ai échangé avec des acteurs qui me parlent de  30 à 50% des annulations de réservations sur la saison prochaine. Le tourisme fait partie des secteurs qui vont le plus souffrir des mesures prises dans le cadre de la lutte contre Ebola. C’est déjà le cas au Burkina Faso avec l’annulation des événements culturels internationaux. Nous avions des assises internationales sur le tourisme qui devaient se tenir au Bénin, mais elles ont connu un report. L’un dans l’autre, le tourisme international récepteur prend un coup, tout comme le tourisme intra-communautaire, parce qu’il y a des mesures de restrictions prises par les Etats. Nous-mêmes, au niveau de la Commission de l’Uemoa, nous avons décidé de réduire nos déplacements.

Quelles sont les premières évaluations qui vous parviennent des Etats ?
D’ici à la fin de l’année, nous pourrons avoir nos premières évaluations sur l’activité touristique. J’ai demandé aux différents directeurs généraux de nous fournir les éléments qui nous permettront d’évaluer l’incidence d’Ebola sur la programmation touristique. Mais, il ne faut pas aussi que nous mettions toute la contre-performance de l’industrie touristique sur l’épidémie d’Ébola. Nous n’apportons pas toujours la riposte qui convient à l’épidémie, en termes de communication, pour rassurer les marchés. Au dernier salon mondial du tourisme qui s’est tenu en France, plusieurs pays de l’Union ( Sénégal, Côte d’Ivoire, le Bénin) étaient présents pour dire que c’est vrai qu’il y a Ébola, mais dans la réalité des faits, on peut se déplacer sans risque, pour peu que l’on observe les mesures de prévention préconisées par les services de santé. Il y a une déclaration de l’Organisation mondiale de tourisme qui soutient cette démarche en disant qu’Ébola ne doit être pas une raison de dissuader les voyages, que l’on peut prendre des mesures de précaution, mais sans dissuader les gens de visiter les pays. Pour le moment, nous n’avons pas de données chiffrées, mais très bientôt, nous comptons en disposer pour montrer à l’autorité ce qui se passe.

En 2013, les recettes du tourisme au niveau de l’Union représentaient autour de 1,8 % du Pib. Y a-t-il  un risque que l’on enregistre une baisse sensible ?
Il y a risque de chute du Pib. Peut-être descendrions-nous à 1,5% ? Un gros contributeur comme le Sénégal, malheureusement, a eu un cas d’infection confirmé. Même si c’est un cas importé, la psychose pourrait avoir un impact important pour l’Union au regard du fait que le Sénégal est un grand contributeur au niveau communautaire. C’est le cas aussi de la Côte d’Ivoire qui a pris plusieurs mesures de restriction des voyages. Sans oublier le Mali qui est à genoux sur le plan touristique depuis quelques années.
Quelles mesures prévoyez –vous pour minimiser ces risques ?
Nous nous préparons à lancer un plan d’action pour l’année 2015, surtout en termes de communication, pour appuyer nos Etats membres à repositionner la destination Uemoa. Nous pensons à l’après Ebola. Il  nous faut communiquer pour rassurer. Nous avons vécu la situation à l’international avec le virus H1n1. Des outils avaient  été développés par l’Organisation mondiale du tourisme pour aider les Etats à communiquer après des événements de ce type. Nous allons nous les approprier. En 2015, la priorité sera à cette communication, reconquérir le marché et inciter les gens à visiter les pays de l’Uemoa. Pour cela, il faut qu’il y ait des mesures fortes qui soient prises au niveau de l’Union pour accompagner cette communication. Cela va en droite ligne de ce que nous préparons en termes d’études portant sur l’harmonisation du cadre réglementaire des activités et professions touristiques dans l’Union, pour reconquérir le marché.

Dans le cadre de cette étude, il est recommandé la mise en place d’un observatoire sécuritaire. Donnez-nous plus de détails.
Ce sont des orientations qui sont déjà données au plus haut niveau. Il y a un chantier paix et sécurité mis en place au niveau de la Commission de l’Uemoa. Nous nous inscrivons dans la mouvance du plan d’action. Nous pensons que ce serait bien d’avoir cet observatoire, parce que les défis auxquels le secteur touristique est confronté sont plus des défis sécuritaires. Généralement, nous avons une offre qui attire, mais ce qui décourage, ce sont des motivations non touristiques qui font que les gens ne viennent pas chez nous. Si nous mettons l’accent seulement sur les ressources essentiellement touristiques, nous risquons de passer à côté. Il nous faut donc voir tout l’environnement, pour travailler à créer des conditions qui apaisent, qui favorisent la venue des touristes dans les huit pays de l’Union.
Propos recueillis par Christian KONE

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Numéro d'édition: 78

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