La rencontre entre hommes d’affaires marocains et burkinabè a été co-présidée par les ministres en charge du Commerce des deux pays. Mohamed Abbou pour le Maroc et Arthur Kafando pour le Burkina (au milieu). Ils avaient à leurs côtés Alizèta Ouédraogo, la présidente de la Cci-BF (à gauche), et Youssef Tagmouti le président de la Fenelec (à droite).(Ph : Malgmame KONE)

Coopération: le Maroc recherche des nouvelles niches

• Une commande ferme de 1,2 million d’euros

• «Action lumière» à l’assaut du secteur de l’énergie

• La co-entreprise comme modèle

Le Maroc s’intéresse fortement au Burkina dans sa volonté actuelle de «renforcer son partenariat et de disséminer son expertise hors de ses frontières». Le royaume clame sa détermination à «s’engager de manière irréversible à contribuer tangiblement à l’essor économique et social du continent».
Pour cela, il entend construire des relations de coopération mutuellement avantageuses avec «les pays frères africains». L’une des matérialisations de cette orientation a permis le séjour au Burkina d’une mission baptisée «Action lumière», le 22 septembre dernier. Des hommes d’affaires marocains, spécialisés dans les secteurs de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables, sont venus participer à des rencontres B to B avec des Burkinabè. Au total, 85 entreprises marocaines des secteurs concernés étaient du voyage pour participer à ce concept qui a mobilisé 260 entreprises des deux pays.
L’initiative est de Maroc Export (Centre marocain de promotion des exportations), en partenariat avec la Fenelec (Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables); un pool de 650 entreprises  du Maroc. La mission a été conduite à Ouagadougou par Mohamed Abbou, ministre délégué au Commerce extérieur du Royaume du Maroc. En matière d’électricité, d’électronique et des énergies renouvelables,  le Maroc est aujourd’hui parvenu  à une maîtrise qualitative et quantitative de sa production. Dès lors, l’exportation dans ces secteurs est devenue un enjeu stratégique pour le pays. En s’intéressant et en visitant des pays comme le Burkina, le royaume chérifien souhaite bénéficier de réelles opportunités d’affaires dans ces secteurs. Il s’agit pour les hommes d’affaires marocains de faire valoir leur savoir-faire sur des solutions innovantes pour une bonne gestion des ressources énergétiques, efficaces et durables. L’objectif, à la fin, est d’initier et de développer des partenariats avec des sociétés spécialisées au Burkina.
Les Pme (Petites et moyennes entreprises) marocaines viendront répondre aux besoins des Burkinabè en s’inscrivant dans la complémentarité des projets qui sont déjà développés dans le pays.
Détail très important : ce ne sera pas un saut dans l’inconnu pour ces entreprises.  Elles ont déjà des devancières, qui capitalisent une certaine expérience du terrain des affaires au Burkina.  C’est près d’une trentaine de Pme marocaines du secteur électrique qui se développent aujourd’hui au Burkina, en partenariat avec des entreprises locales. Parmi les exemples, il y a le cas de la société Fabrilec. Spécialiste du transport, de la transformation et de la distribution d’électricité, cette société a été retenue en 2010 dans le cadre du programme national d’électrification pour réaliser des travaux d’électrification de 700 km de lignes et desservir  87 localités au Burkina Faso. La gestion de ce projet implique un management et une technicité burkinabè. C’est, en effet, ce modèle de partenariat gagnant-gagnant qui inspire le Maroc au Burkina.  Au-delà des échanges commerciaux simples, le Maroc souhaite développer des projets de co-entreprises impliquant des Marocains et des Burkinabè.
L’initiative marocaine sur les secteurs énergétiques tombe à pic pour le Burkina. On le sait, l’électricité constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour le développement économique  et social du pays. C’est, donc, une  main tendue du Maroc que le Burkina va s’empresser de saisir. Une convention de partenariat a d’ailleurs été signée entre la Fenelec et le Seea/B (Syndicat des entreprises de l’électricité et assimilés du Burkina Faso).
Toutefois, l’enthousiasme qui caractérise les relations économiques entre les deux pays ne s’est pas limité aux secteurs concernés par le concept «Action lumière». Au-delà des partenariats scellés dans les domaines de l’énergie, le Burkina et le Maroc ont décidé de raffermir leurs relations de coopération sur le plan général. «Durant ces dernières années, nous avons œuvré pour l’enrichissement du cadre juridique de notre coopération bilatérale, notamment par la signature de plusieurs  accords de coopération dans des secteurs tels les mines, l’énergie, le commerce, l’investissement, l’industrie, le tourisme, l’artisanat, le transport, les infrastructures.
Il nous appartient donc, aujourd’hui, de fructifier toutes ces actions de coopération et ce, pour booster nos échanges commerciaux et réussir un partenariat maroco-burkinabè tangible», a expliqué le ministre Mohamed Abbou.
Malgré la bonne volonté des deux pays à coopérer, il est à noter que le niveau actuel des échanges commerciaux reste largement en deçà des potentialités offertes de part et d’autre.
Selon le ministre marocain du Commerce, ce niveau a atteint à peine 30 millions $ US en 2013. Par ailleurs, ce niveau est très déséquilibré avec 2,4 millions d’exportations du Burkina vers le Maroc contre 28 millions dans le sens inverse.
«Cette situation nous interpelle tous sur la nécessité d’explorer davantage les complémentarités existantes entre nos marchés respectifs.  Les investissements marocains réalisés au Burkina Faso dans plusieurs secteurs, et qui avoisinent les 10 millions $ US, devront nous ouvrir la voie vers la concrétisation davantage de projets conjoints et la stimulation du commerce entre nos deux pays», estime le ministre marocain.
Pour ce faire, il y a eu la signature, le 22 septembre à Ouagadougou, de deux accords majeurs. Le premier entre Maroc Export et son homologue, l’Apex-Burkina (Agence de promotion des exportations du Burkina Faso) et le deuxième entre Maroc Export et la Cci-BF (Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso).
L’objectif de ces deux conventions est de «dynamiser les relations commerciales entre les entreprises des deux pays et faciliter le développement réciproque de leurs affaires ».
C’est une ambition qui sera réalisée à travers des rencontres permanentes de discussions entre les responsables des différentes structures concernées. Maroc Export était représenté par sa directrice générale, Zahra Maafiri; et la Cci-BF et Apex-Burkina, respectivement représentées par la présidente Alizèta Ouédraogo et le Dg Sibiri Sanou.
Tous les accords sont assortis de plans d’actions qui prévoient plusieurs activités sur la période 2014-2016. Parmi elles, il y a la participation de chefs d’entreprises marocaines au forum Africallia en février 2016. Ce sera une première. Des missions B to B marocaines au Burkina sont également programmées. Elles concerneront plusieurs secteurs dont «l’eau et de l’assainissement» en 2015, «le textile» en 2015, «les Tic» en 2015 et 2016, «l’agroalimentaire»  en 2016.


Une commande ferme de 1,2 million d’euros

Fructueuse, la première étape de la caravane «Action lumière» menée par Maroc Export et la Fédération nationale de l’électricité et de l’électronique au Maroc (Fenelec) l’a été.
En effet, à en croire Maroc Export, des commandes fermes de 1,2 million d’euros, des commandes en cours de finalisation autour d’un montant de 2,5 millions d’euros, et des promesses de commandes à hauteur de 1,375 million d’euros ont été faites au Burkina Faso.
Par ailleurs, des rencontres, tenues en marge du Forum économique maroco-burkinabè, ont également abouti à un accord de principe et l’étude de faisabilité d’une zone industrielle au Burkina Faso pour le compte de la Fenelec, avec port sec à mettre à disposition des industriels membres de cette fédération et autres entreprises marocaines.
www.leseco.ma

Karim GADIAGA

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Numéro d'édition: 77

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