Les maisons de la cité de Bassinko attendent toujours les locataires. Elles ont besoin de travaux supplémentaires qui devront être financés par les bénéficiaires eux-mêmes, afin d’offrir le confort nécessaire. (Ph:Y.S.)

Logements sociaux: Les bornes du Smig revues à la hausse

• On peut souscrire jusqu’à 8 fois le salaire minimum

• La cité attend toujours les acquéreurs

• L’expérience amère des premiers résidents

Le Conseil des ministres en sa séance du 04 septembre 2014 a adopté un décret portant relecture des conditions d’accès au logement social. La relecture du décret a permis d’élargir l’accès des logements sociaux aux ménages dont le revenu mensuel n’excède pas huit fois le Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), au lieu de cinq comme il l’était précédemment.
Cette décision fait suite à la récurrente problématique de l’accès aux logements sociaux pour tous les ménages burkinabè à faibles revenus. Théoriquement, plus de Burkinabè pourraient bénéficier d’une maison décente. Valérie Sanou, directrice de la promotion de l’habitat et du logement l’affirme: «Le Gouvernement fait de gros efforts pour donner une maison décente aux Burkinabè. Beaucoup de personnes passaient à côté de cette possibilité, car en prenant un prêt à la banque pour s’octroyer une maison, celle-ci déduit à chaque fin du mois 1/3 du salaire. Nombreux sont ceux qui à cause d’un revenu faible ne pouvaient pas remplir les conditions. C’est pour cela que le Gouvernement a revu à la hausse les bornes du Smig qui passent de 5 fois à 8 fois. Il ne pouvait pas faire plus, de peur de perdre le caractère social de la mesure».
Sur le site de Bassinko, les chantiers vont bon train. Le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme a signé une convention avec l’Office national de l’eau et de l’assainissement (Onea) et la Société nationale burkinabè d’électricité (Sonabel) qui ont presque terminé la pose des conduits. Toutefois, comme le dit l’adage, les pieds du cadavre enterré sont toujours dehors. La localité de Bassinko, qui doit accueillir 1.500 maisons sur un espace de 93 hectares, est toujours déserte. De nombreuses maisons y sont déjà construites certes, mais les locataires se font désirer. La cité de Bassinko attend les nouveaux propriétaires. Les raisons sont multiples.
Bassinko est situé à une vingtaine de km du centre-ville.  Les voies d’accès ne sont pas dégagées. Le marché le plus proche de la ville se situe à 3km. L’eau et le courant ne sont pas encore disponibles. Le plan du Gouvernement prévoit de faire de cette cité une zone avec toutes les commodités, centres de santé, écoles, espaces de loisirs et bien d’autres infrastructures. Mais pour le moment, les choses tardent. «Le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme, à lui seul, ne peut mener à bien ce projet. Il nous faut l’implication des autres acteurs comme le ministère des Enseignements secondaire et supérieur pour la construction des écoles, le ministère de la Santé, pour les centres de santé etc. Nous espérons que d’ici l’année prochaine tout sera mis en ordre», se défend Valérie Sanou.
En plus de ces problèmes énumérés, la population pointe du doigt la qualité des logements sociaux. Qualifié de logement décent, les maisons construites ne requièrent que le strict minimum de confort. Attribuées à des sommes n’excédant pas 7,5 millions, les bénéficiaires se doivent de procéder à des travaux supplémentaires avant de pouvoir y loger. Les fenêtres sont en persiennes, les murs ne sont pas peints, et il n’y a pas de plafond, ni de clôture séparant les différentes concessions.
Edouard Dakio, bénéficiaire d’un logement social, en témoigne. «Il est vrai que les maisons à caractère social de l’Etat sont juste des logements décents. Cependant, avant de pouvoir intégrer ta maison, il te faut faire beaucoup de travaux. J’ai dû refaire la plomberie et construire des toilettes externes. Je suis déjà à 300.000 F CFA de dépenses et ce n’est pas encore fini. Il me faut me doter d’une clôture en bonne et due forme, peindre ma maison et la plafonner. Etant donné que j’ai déjà un crédit à la banque, pris dans le cadre de l’acquisition de cette maison, où vais-je trouver l’argent pour le reste des travaux ?». Il est vrai que l’Etat fait de gros efforts avec ce projet des 10.000 logements.
Les personnes pouvant être attributaires de ces maisons ont un salaire qui tourne autour de 250.000 FCFA le mois. Pour être propriétaires, la plupart ont recours à des prêts bancaires octroyés par la banque de l’Habitat, partenaire du Gouvernement dans la mise en place des logements sociaux. Un apport personnel de 10% est demandé dans les clauses du contrat.
Ce qui n’est pas toujours évident pour les populations qui, en plus du prêt pour l’acquisition de la maison, prennent un autre pour pouvoir régler les frais de l’apport personnel. Chaque mois donc, la banque retient 1/3 du salaire des propriétaires des maisons pendant 15 à 20 ans, sans oublier les taux d’intérêts fixés à 5%.
Ils sont donc parfois dans l’incapacité de prendre un autre prêt pour les travaux, au risque de voir tout leur salaire y passer. La situation reste complexe car le ministère de l’Habitat se vante de faire déjà assez pour le bien-être des populations. «Nous sommes conscients que les choses ne sont pas parfaites. Mais nous faisons déjà beaucoup dans ce cadre. Une parcelle dans la ville de Ouagadougou coûte très cher. Il n’est donc pas donné d’avoir une parcelle et une maison au prix de 7,5 millions. Mais nous essayons d’améliorer davantage les conditions», affirme Valerie Sanou.
Malgré ces désagréments, les quelques personnes déjà sur le site ne désespèrent pas. Elles ne cachent pas leur joie d’être propriétaire d’une maison, même si les sacrifices à faire pour leur confort sont énormes.
«Il est vrai qu’il nous faut encore investir pour avoir une maison apte à offrir un meilleur confort. Cependant, nous ne désespérons pas, car il nous est difficile d’avoir une parcelle et construire une maison à ce prix. Nous allons nous débrouiller pour trouver les fonds nécessaires. Ça prendra le temps qu’il faudra, mais nous allons y arriver», déclare Edouard Dakio.


Des bénéficiaires endettés

Lancé depuis 2007, la construction des 10.000 logements connaît un engouement auprès de la population. Ces logements dont les prix de cession n’excèdent pas 7,5 millions de francs CFA sont une opportunité pour les salariés moyens d’avoir une maison. La première tranche de ce programme immobilier social composée de 974 logements de type F2 et F3 a coûté 6,4 milliards de F CFA. 1.500 maisons devront être également construites sur 93 hectares dans la localité de Bassinko située à près de 20 km de Ouagadougou.
Les conditions d’accès à ces maisons sont entre autres le revenu mensuel qui ne dépasse pas 8 fois le Smig, soit environ 250.000 F CFA au lieu de 5 fois le Smig. Cette nouvelle mesure viendra peut-être réconforter certains. Selon les responsables de la banque de l’Habitat, nombreux sont les bénéficiaires qui ont dû suspendre leurs projets d’acquisition des logements sociaux.
Et pour cause, ils étaient déjà endettés et ne pouvaient plus avoir un autre prêt pour avoir la maison. «De nombreuses personnes ont été confrontées à des situations délicates qui les ont contraintes à temporiser les démarches pour avoir les maisons. En effet, elles étaient déjà endettées et n’étaient pas à mesure de prendre d’autres prêts», souligne Djibril Toé, chef du département crédit à la banque l’Habitat. Il est bien d’élargir la couche des personnes pouvant avoir accès aux logements sociaux, mais au vu des problèmes que beaucoup rencontre, il n’y aurait-il pas d’autres solutions adéquates ?

Germaine BIRBA

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Numéro d'édition: 75

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