Oxfam appelle à faire bénéficier aux 600 millions d’Africains travaillant dans l’agriculture d’investissements qui ont fait déjà leurs preuves, au lieu de favoriser des partenariats avec de grands acteurs du secteur privé. Par exemple, les gouvernements et bailleurs de fonds devraient renforcer les investissements dans le secteur public en faveur de l’agriculture familiale, des marchés locaux et régionaux. (DR)

Agriculture et politiques gouvernementales: Risques sur les droits fonciers

• Les partenariats à grande échelle en cause

• Renforcement des inégalités en conséquence

«Les partenariats à grande échelle avec le secteur privé pourraient saper les droits fonciers des Africains, renforcer les inégalités et nuire à l’environnement», telle est la sentence d’Oxfam dans son dernier rapport intitulé «Un aléa moral ? Les mégas partenariats public-privé dans l’agriculture africaine». Publié en début septembre, le document affirme que «les politiques gouvernementales et l’aide internationale de près de 6 milliards de dollars aux grands partenariats public-privé (PPP) risquent de fragiliser les droits fonciers des Africains, d’aggraver les inégalités et de nuire à l’environnement». En d’autres termes, les partenariats dits mégas PPP n’ont pas fait leurs preuves, présentent de nombreux risques et constituent une utilisation douteuse des fonds publics pour lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

Le rapport indique par ailleurs que «près de la moitié de la population africaine dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Malgré l’efficacité démontrée des investissements dans l’agriculture sur la réduction de la pauvreté, les dépenses des gouvernements africains et des pays donateurs ont été bien faibles au cours des deux dernières décennies.
Bien qu’ils aient dernièrement renouvelé leurs engagements pris à Malabo d’affecter plus de 10% de leurs budgets nationaux au secteur de l’agriculture, les gouvernements d’Afrique subsaharienne ne consacrent en moyenne que 5% de leurs budgets nationaux à ce secteur». Alors que la pression sur les ressources naturelles ne fait qu’augmenter, les pays donateurs et les gouvernements africains cherchent à tirer profit de l’intérêt croissant du secteur privé pour les terres africaines.
Les mégas PPP, appelés «corridors de croissance» en Tanzanie, au Burkina Faso, au Malawi, au Ghana et au Mozambique, illustrent cette tendance. La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, soutenue par les économies riches et industrialisées du G8, et GROW Africa, une initiative PPP de grande ampleur soutenue par le Forum économique mondial, sont deux exemples d’initiatives mondiales promues par des donateurs pour soutenir les mégas PPP.
Selon Oxfam, des incitations foncières, fiscales et commerciales ont été mises en place pour encourager les entreprises à rejoindre ces programmes et mettre rapidement en œuvre du méga PPP, au détriment des objectifs de développement à long terme. La superficie totale des terres ouvertes aux investissements dans seulement cinq pays accueillant des mégas PPP dépasse la taille de la France ou de l’Ukraine. Les gouvernements ont transféré plus de 1,25 million d’hectares aux investisseurs et grandes entreprises agricoles, soit la superficie totale des terres agricoles cultivées en Zambie ou au Sénégal. En raison des faiblesses des régimes fonciers dans de nombreux pays africains, ces subventions et ces transferts peuvent potentiellement mettre en péril les droits fonciers des communautés locales. Pour Oxfam, ce modèle risque également d’aggraver les inégalités dans les pays africains et de nuire à l’environnement en permettant une agriculture de plantation.
NK

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Numéro d'édition: 74

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