Pour Jean Baptiste Zoungrana, la gestion de la catastrophe de 2009 fait cas d’école dans la sous-région. (DR)

Inondations du 1er septembre 2009, 5 ans après: «S’il y a une catastrophe, nous ne sommes pas loin des mêmes conséquences»

Jean Baptiste Zoungrana, coordonnateur du conseil de gestion des secours d’urgences pour la gestion des catastrophes en 2009

Le 1er septembre 2009, le Burkina Faso a vécu l’une des pires inondations de son histoire. En cause, la pluie diluvienne qui s’était abattue sur Ouagadougou et sur d’autres agglomérations. Les conséquences, qui en ont résulté, ont été énormes : pertes en vies humaines ,150.000 personnes sinistrées et d’importants dégâts matériels. Ce drame a nécessité la mise en place d’un dispositif pour des solutions à court et long termes. Le coordonnateur du conseil de gestion des secours d’urgences pour la gestion des catastrophes en 2009, Jean Baptiste Zoungrana, revient sur les différents aspects qui ont jalonné la gestion de cette catastrophe et les difficultés qui subsistent toujours.

Les inondations du 1er septembre 2009 se sont traduites par des pertes en vies humaines, 150.000 personnes sinistrées et d’importants dégâts matériels. Jusqu’à présent, tous les sinistrés de 2009 n’ont pas été relogés. (DR)

Les inondations du 1er septembre 2009 se sont traduites par des pertes en vies humaines, 150.000 personnes sinistrées et d’importants dégâts matériels. Jusqu’à présent, tous les sinistrés de 2009 n’ont pas été relogés. (DR)

– L’Economiste du Faso: Il y a cinq ans, le Burkina a connu l’une des plus grandes catastrophes de son histoire. Quelle expérience tirez-vous de la gestion de cette crise ?
Le ministère de l’Action sociale a entre autres missions la gestion des secours d’urgences et la question de la réhabilitation. La gestion des conséquences de l’inondation s’est révélée une action innovante et salvatrice. Toutes les structures indépendantes ont accordé de la confiance à la population et à l’ensemble des donateurs. Tout le monde sait que les fonds récoltés ont été remis aux sinistrés et qu’il y avait un suivi. Cela a suscité beaucoup d’engouement, car même un ou deux ans après, nous continuions de recevoir les dons.
Le répertoire des contributions a été fait. Nous avons ensuite produit un document qui est en cours de finalisation. Il fait ressortir l’ensemble de tous les dons reçus (donateurs personnes physiques et morales, date et heure du don, en nature ou en espèce, chèques, virements). Nous avons remis à tous les donateurs des attestions de reconnaissance signées par le président du Faso. C’est une initiative à saluer, ce fut un succès, puisque d’autres pays se sont inspirés de notre exemple.

– Quelle est, en termes de chiffres, la mobilisation des ressources pour la gestion de cette crise ?
Il y a eu 2.260 contributions pour une valeur de 19.028.836.723 FCFA. Le nombre de sinistrés pris en charge a été estimé à 220.086. Les personnes physiques qui ont contribué représentent 54,74% des donateurs. Ils ont apporté 453.156.841 F CFA, soit 2,38%.
Les personnes morales représentent 47,70% et ont contribué pour 19.556.930.062 F CFA, soit 97,52%. Les gros montants ont été apportés par les personnes morales que sont les institutions, les pays, les communautés, les associations, les groupes. Il y a aussi celles que nous appelons les personnes anonymes. Ce sont des gens qui sont, le plus souvent, allés dans les banques pour nous transférer de l’argent par le compte du conseil. En fait, ils voulaient garder l’anonymat. Nous les avons aussi recensés. Il y a également ceux qui sont venus contribuer, mais ont refusé d’être identifiés. A ce niveau, il y a eu 15 personnes, soit 0,56%, ce qui tourne autour de 18.789.820 F CFA. L’Etat burkinabè a donné 13.210.411.848 F CFA, soit 69,42% des dons.

Tablo inondation– Comment s’est fait le relogement et le suivi des populations déplacées ?
Il y a eu plusieurs processus. Dès qu’il y a eu les inondations et que les maisons se sont effondrées, la population s’est regroupée autour des écoles, des lieux publics (mosquées, églises…). Il y avait plus de 83 sites qui avaient été recensés à l’époque. A l’approche de la rentrée scolaire, il a été mis en place un autre dispositif.
Il s’agissait de structures transitoires. Là aussi, il y avait 17 sites. Il y avait plusieurs endroits bien aménagés pour accueillir ceux qui n’avaient aucune maison, parce qu’il y avait des sinistrés qui n’avaient pas de moyens, mais il y avait aussi ceux qui avaient loué des maisons. Ces derniers ont été identifiés, nous leur avions donné des sommes forfaitaires.
Pendant ce temps, nous continuions à travailler sur deux sites principaux: Yagma et Bassenko. Nous avons pu aménager le site de Bassenko en le viabilisant.
Les parcelles ont ensuite été distribuées gratuitement aux sinistrés et ils ont aussi eu un accompagnement (technique, matériel et financier). Nous avons remis à chaque sinistré 1,5 tonne de ciment et 50.000 F CFA. Il y en a qui ont reçu plus, parce que des Ong faisaient des dons aux particuliers selon leurs critères.

– Est-ce qu’à nos jours tous les sinistrés ont été relogés ?
Tous les sinistrés de 2009 n’ont pas été relogés, mais la majorité a été relogée. Tous ceux qui avaient été recensés et qui n’avaient pas de problème particulier ont reçu le nécessaire. Mais, le problème est que d’autres ont revendu leurs parcelles, comme il y en a qui ont revendu les équipements (tôles, ciments,…) et d’autres sinistrés ont refusé de réintégrer les nouveaux sites. Nous avons fait un communiqué pour dire à tous ceux qui ont été recensés de passer pour qu’on les prenne en charge, mais d’autres n’ont pas répondu. Il s’agit d’une minorité.

– Mais comment expliquez-vous que certains sinistrés se sentent lésés dans la distribution des parcelles ?
En fait, il y a eu des problèmes de recensement. Puisqu’il y a même eu des infiltrés. Nous avons dû extirper plus de 5.000 personnes qui se sont fait enregistrer comme sinistrés. C’est un travail humain, des erreurs peuvent s’y glisser et certains peuvent n’avoir pas été recensés. Au début, certains n’y croyaient pas, mais après ils se sont rendus compte que les autres allaient être pris en charge. Et c’est là qu’ils ont perdu.

– Au regard de la gestion de celle-ci, peut-on dire que le Burkina est prêt à gérer une éventuelle crise ?
On peut dire qu’il est prêt parce qu’il a de l’expertise, ce qui a été fait nous permet de tirer des leçons. Mais s’il y a une catastrophe, nous ne sommes pas loin des mêmes conséquences, car les gens ont refusé de quitter les anciens sites, ils sont toujours restés dans les zones inondables. C’est le cas au bord du barrage de Dapoya.
CD

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Numéro d'édition: 73

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