«Les femmes des pays d’Afrique de l’Ouest (Nigéria, Togo, Bénin et Niger) sont recrutées frauduleusement pour des emplois au Burkina Faso, et ensuite, forcées à se prostituer et à travailler dans des restaurants ou comme main-d’œuvre domestique chez des particuliers», selon le rapport 2014 sur la traite des personnes au Burkina Faso. (Ph. DR)

Traite des personnes: Plus de 1.000 enfants victimes de trafic

• Le Burkina, pays pourvoyeur

• Les victimes sont transportées vers la Côte d’Ivoire, le Mali et le Niger

• Pour le travail forcé ou le trafic sexuel

En 2013, le ministère en charge de l’Action sociale a identifié 1.146 enfants victimes de trafic. 949 d’entre eux sont des victimes de traite interne et 197 de traite transfrontalière. La majorité de ces enfants ont été interceptés durant leur transport, dans des camions ou des bus, et ont été secourus avant d’atteindre leur destination. Ces données émanent du rapport sur «La traite des personnes au Burkina Faso en 2014», publié sur le site de l’ambassade des Etats-Unis au Burkina Faso.

Le rapport précise que 16 femmes adultes burkinabé victimes de travail forcé à l’intérieur du pays ont aussi été identifiées, et ont bénéficié des services de protection du ministère de l’Action sociale en 2013. Du côté de la répression, le gouvernement burkinabé a déclaré avoir enquêté sur 73 cas suspects de trafic de personnes, indique le rapport, qui ajoute que, 22 poursuites judiciaires ont été initiées, et 18 personnes condamnées au cours de la même année. Une augmentation significative du nombre de condamnations, comparée à l’absence de toute condamnation en 2012, a été observée. «Les 18 condamnations ont été effectuées en vertu de la loi de mai 2008 contre la traite des personnes», selon le document. Les trafiquants se sont vus infliger des peines de prison allant de 06 mois à 05 ans.

«Les femmes des pays d’Afrique de l’Ouest  (Nigéria, Togo, Bénin et Niger) sont recrutées frauduleusement pour des emplois au Burkina Faso, et ensuite, forcées à se prostituer et à travailler dans des restaurants ou comme main-d’œuvre domestique chez des particuliers», selon le rapport 2014 sur la traite des personnes au Burkina Faso. (Ph. DR)

«Les femmes des pays d’Afrique de l’Ouest (Nigéria, Togo, Bénin et Niger) sont recrutées frauduleusement pour des emplois au Burkina Faso, et ensuite, forcées à se prostituer et à travailler dans des restaurants ou comme main-d’œuvre domestique chez des particuliers», selon le rapport 2014 sur la traite des personnes au Burkina Faso. (Ph. DR)

Mais comment se manifeste la traite des personnes dans le pays?
Le Burkina est considéré comme un pays pourvoyeur de femmes et d’enfants victimes de travail forcé et de trafic sexuel. Des enfants burkinabé font l’objet de travaux forcés dans les champs agricoles. D’autres se retrouvent sur les sites d’orpaillage où ils exercent un travail de chercheurs et de laveurs d’or. La vente ambulante de marchandises, le travail domestique et la mendicité sont d’autres formes de travail forcé pratiqué par les enfants. A propos de la mendicité, les élèves sont recrutés par des maîtres coraniques sans scrupule. Néanmoins, aucune poursuite ou condamnation n’a concerné la mendicité forcée des enfants par des maîtres coraniques, malgré la prévalence de cette forme de traite dans le pays. Les filles, elles, sont exploitées pour le commerce du sexe. Du Burkina, pays pourvoyeur, les enfants sont transportés vers Côte d’Ivoire, le Mali et le Niger pour le travail forcé ou le trafic sexuel. Dans une moindre mesure, les trafiquants recrutent des femmes pour des emplois supposés légitimes au Liban, en Arabie saoudite et dans différents pays d’Europe, pour ensuite les forcer à la prostitution.
Le Burkina Faso est également un pays de transit pour les enfants, transportés du Mali vers la Côte d’Ivoire. Comme terre de destination, les enfants victimes de trafic venant des pays comme le Ghana, la Guinée, le Mali, le Bénin et le Nigéria sont convoyés au Burkina Faso. Les femmes des pays d’Afrique de l’Ouest : Nigéria, Togo, Bénin et Niger, sont recrutées frauduleusement pour des emplois au Burkina Faso et ensuite forcées à se prostituer et à travailler dans des restaurants ou comme domestique chez des particuliers. Durant la période couverte par ce rapport, deux femmes tibétaines ont été forcées par des trafiquants népalais à se prostituer au Burkina Faso.
Les rédacteurs du rapport citent les quelques efforts fournis par le gouvernement burkinabé en matière de lutte contre le phénomène : la condamnation des 18 personnes en 2013, la prise en charge des enfants victimes de trafic et les actions de sensibilisation, à travers tout le pays.


 

10 millions de F CFA pour soutenir des activités de protection

En collaboration avec diverses Ong, le gouvernement gère des centres de transit polyvalents, en fournissant de la nourriture, des soins médicaux et un appui-conseil aux enfants victimes de trafic avant de les conduire à leurs familles. Environ 10 millions de FCFA (20.000 dollars US) ont été mobilisés par le gouvernement en 2013 pour soutenir des activités de protection, y compris le financement de ces centres de transit; ce qui représente une augmentation par rapport à 2012, ou le gouvernement avait alloué l’équivalent de 14.000 dollars US (7 millions de F CFA).


 

Les recommandations

Selon les auteurs de ce rapport, «le gouvernement burkinabé ne se conforme pas entièrement aux normes minimums pour l’éradication des trafics» et aucune mesure n’a encore été prise à l’encontre de certains maîtres coraniques «qui forcent les enfants à la mendicité». L’Etat burkinabé n’a pas non plus pris de «mesure proactive pour identifier les adultes victimes de trafic au sein des populations vulnérables». Pour ce faire, le rapport recommande de poursuivre les efforts pour traquer et condamner les auteurs de trafic et appliquer des sanctions appropriées, comme le prescrit la loi de mai 2008 contre la traite des personnes;
renforcer le système de collecte de données sur les mesures répressives contre la traite des êtres humains et sur l’identification des victimes et s’assurer que les autorités responsables de la collecte des données disposent de moyens adéquats pour accéder aux informations et les compiler ;
former les forces de l’ordre à l’identification des victimes de traite des personnes parmi les populations vulnérables, telles les femmes prostituées et les enfants travaillant dans l’agriculture ou le secteur minier, et les orienter vers les services de protection;
renforcer les efforts pour l’identification des trafiquants se faisant passer pour maîtres coraniques et intenter des poursuites pénales contre de tels individus ;
améliorer la coordination entre les comités nationaux et régionaux qui luttent contre la traite des personnes, y compris en augmentant les financements des entités régionales;
et ceci, tout en continuant à financer les centres de transit et les programmes de formation professionnelle, développer un mécanisme officiel d’orientation pour fournir aux victimes des soins sur le long terme, en coordination avec des Ong. o

Elie KABORE

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Numéro d'édition: 71

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