Des syndicats de travailleurs et d’ex-travailleurs de la SITARAIL attendent de la société le respect de leurs droits ; et ce, conformément à une décision de justice. (DR)

SITARAIL : Des ex-cheminots crient leur détresse

• Un sentiment et d’injustice depuis 23 ans

• La société accusée de mépriser leurs droits

• L’exécution d’une décision de justice attendue

 

La Société internationale de transport africain par rail (SITARAIL) est appelée à réparer des torts subis par des ex-travailleurs et à mettre fin à une situation perçue comme une injustice depuis la privatisation du chemin de fer en 1995. C’est la substance du message livré, le 14 avril 2018, lors d’une conférence de presse co-animée à Ouagadougou par le Syndicat des retraités du chemin de fer du Burkina Faso (SYRECFER-BF) et le Syndicat libre des cheminots du Burkina (SLCB).
C’est essentiellement des personnes du troisième âge, indiquant être à bout de souffle dans la bataille engagée depuis plusieurs années contre la SITARAIL, qui sont venues faire l’historique du contentieux et expliquer leurs attentes. Ils avaient à leurs côtés Me Jean Charles Tougouma qui les assiste dans le dossier.
Après plusieurs actions, y compris des médiations, cette ultime conférence de presse avait pour objectif de prendre l’opinion publique à témoin de leur situation «de détresse» qui perdure. Un appel spécial a été lancé au président du Faso à s’investir dans le dossier pour son dénouement.
Le conflit qui oppose ces syndicats de travailleurs et d’ex-travailleurs burkinabè et leur employeur ; la SITARAIL ; date d’une part de la période de la cession du chemin de fer au groupe Bolloré en 1995 et d’autre part de la suspension des activités de la société en 2002, pendant la crise ivoirienne. Il porte sur des questions de droits réclamés par les travailleurs.
Partant de la privatisation, les syndicats attendaient la «prise en compte des grades réels de travailleurs dans leurs carrières et, par conséquent, sur leurs pensions de retraite».
Relativement à la suspension des activités, le scénario de suspension des contrats de travail qui s’en est suivi est jugé abusif et incohérent. C’est pourquoi les syndicats voudraient la requalification de la situation en «chômage technique».
C’est sur la base de ces appréciations, pas très consensuelles, que les travailleurs ont introduit une plainte en justice contre la SITARAIL en 2004. Selon les travailleurs, toutes les décisions de justice, y compris celles après l’Appel interjeté par la SITARAIL, leur ont été favorables jusqu’à l’épilogue de la procédure en 2007. «La sentence arbitrale du 14 août 2007 de la Cour d’Appel de Ouagadougou condamne la SITARAIL à payer nos droits», affirme Mody Diallo, secrétaire général adjoint du SLCB.
Selon lui, le nombre de travailleurs bénéficiaires s’établissait à 243, mais il y en a moins aujourd’hui. Certains travailleurs auraient, en effet, réussi à résoudre leur problème de façon individuelle.
Sur la question particulière des suspensions de contrats de travail, ce serait désormais 38 travailleurs qui sont concernés par le contentieux. Il y en a qui ont accepté les propositions et les conditions de reprise au sein de la SITARAIL. Les autres attendent que la décision de justice, confirmant leurs droits réclamés, soit appliquée. De ce fait, ceux qui ont atteint l’âge de la retraite veulent voir apparaitre ces droits sur leurs documents de retraite (sur les pensions). C’est l’objet des interpellations et de l’appel au secours lancé lors de la conférence de presse.
Du côté de la SITARAIL, nous avons espéré avoir une réaction sur cette affaire, mais la direction générale du côté d’Abidjan n’avait pas encore communiqué jusqu’à l’heure où nous bouclions cet article.
Toutefois, il nous revient déjà que la société n’a jamais refusé de délivrer des pièces de retraite ni de respecter les droits des travailleurs. Certains responsables se disent d’ailleurs surpris de la façon dont les choses sont présentées.

Karim GADIAGA


Que faut-il comprendre par «grades réels» ?

Selon les syndicats, la question des «grades réels» tire son origine d’une décision de l’Etat burkinabè, datant de 1989, au moment de la gestion séparée du chemin de fer, d’accorder des avancements sans incidence financière. Mais, lorsque qu’est venu le moment de signer la convention de privatisation en faveur de la SITARAIL, les négociations ont permis de faire accepter la reprise des travailleurs avec leurs droits acquis. «Cela signifie que les grades sont déterminés en prenant en compte les avancements depuis 1989 ; comme si aucun blocage desdits avancements n’était intervenu entre temps», précise-t-on. Les travailleurs indiquent que les grades réels n’ont pas été pris en compte par la SITARAIL dès la reprise du réseau ferroviaire à partir du 20 août 1995.

 


Appel à la vigilance sur la CCR et le projet de la Boucle ferroviaire

Lors de leur conférence de presse du 14 avril dernier, les syndicats travailleurs et des ex-travailleurs de la SITARAIL sont revenus sur la Convention de concession révisée (CCR), entrée en vigueur le 1er janvier 2018, et le projet de la Boucle ferroviaire en Afrique de l’Ouest.
Sur la CCR, ils tiennent à attirer l’attention des autorités du Burkina sur le respect des obligations du groupe Bolloré ; le concessionnaire. Estimant que la multinationale s’est dérobée de ses obligations, notamment sur le plan social, dans la convention de 1995, ils alertent sur le risque de voir la même situation avec la nouvelle convention. Toute chose qui risque de conduire progressivement à la disparition des cheminots burkinabè. Aujourd’hui, on n’en compterait que 461 Burkinabè contre 1.200 Ivoiriens.
Sur le projet de la Boucle ferroviaire, c’est surtout sur le risque de privilégier, pour la construction, la technique jugée dépassée de la «voie métrique» à la place d’une voie de norme standard ; la «voie standard» ; que les syndicats préviennent.

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Numéro d'édition: 249