Pression

Le ton du discours n’était pas engageant. Les soldats de la lutte contre la corruption sont-ils gagnés par le doute ou le découragement? La dernière sortie médiatique du REN-LAC suscite des interrogations. La principale vigie de la société civile semble encore sous le choc des réponses à elles fournies par le premier magistrat du pays, Roch Marc Christian Kaboré, à l’issue de l’audience que le président du Faso lui a accordée le 27 mars 2018. Si le dernier rempart de veille citoyenne contre la corruption commence à douter des engagements du premier gardien des trésors du Faso, c’est le début des fissures dans les rangs des protecteurs du bien public.
Touchons donc du bois. Et, espérons que le ressenti des uns et des autres après cette audience repose sur un malentendu, une mauvaise interprétation. Car, si ce sentiment du REN-LAC est partagé dans toutes les chaumières de la société civile et des partis politiques, cela fragiliserait toute la stratégie du gouvernement en matière de lutte contre la corruption et la prédation du bien public.
L’opinion a surfé sur la vague des changements propulsés par la transition et adoubés par le nouveau régime qui avait promis la tolérance zéro à l’hydre de la corruption.
L’attente semble visiblement longue en termes de répression de la fraude et de la corruption. Car l’ONG se dit «au regret de constater que des effets notables de ces avancées ne sont pas encore très perceptibles dans le traitement des dossiers de crimes économiques» ; et cela, malgré un dispositif institutionnel salué par tous.
Très peu de poissons donc dans les filets de l’ASCE et de la Justice (qu’ils soient gros ou petits). A ce niveau, l’inquiétude du REN-LAC semble justifiée, et le président Roch Kaboré, s’il a bien compris l’interpellation, devrait être plus tranchant, plus engagé et plus déterminé. Il doit être le visage de la lutte anticorruption. Et c’est une très bonne pression de la part de ses contempteurs.o
Abdoulaye TAO

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Numéro d'édition: 249