Le projet de la «Boucle ferroviaire» couvre 3.000 km dont 1.200 km de voie neuve et 1.800 km de voie à réhabiliter.

Projet «Boucle ferroviaire» : Dans une phase d’incertitudes

• Travaux stoppés depuis plus de 2 ans au Bénin

• Un changement de concessionnaire souhaité

• Quid du tronçon en prolongement au Burkina ?

 

L’horizon n’est plus dégagé depuis l’arrêt des travaux sur le territoire béninois concernant la réalisation du projet de la «Boucle ferroviaire» reliant la Côte d’Ivoire, le Burkina, le Niger, le Bénin et le Togo
Au premier trimestre de l’année 2014, le groupe Bolloré avait démarré la réalisation de la liaison Cotonou-Niamey, grâce notamment à la signature d’un mémorandum d’entente le désignant comme partenaire stratégique. Après avoir construit un tronçon de 140 km de rail et une gare ferroviaire au Niger, l’entreprise française avait également lancé, au Bénin, les travaux de rénovation du chemin de fer reliant Cotonou à Parakou et la construction de la branche suivante allant jusqu’à Niamey, la capitale du Niger
Mais, suite à une plainte du groupe béninois Pétrolin qui a fait valoir la preuve qu’il est le concessionnaire du projet, la justice béninoise a rendu en novembre 2015 une décision ordonnant à Bolloré de cesser les travaux.
Depuis lors, c’est l’incertitude sur ce projet qui consiste à mettre en place une grande boucle ferroviaire de plus de 3.000 km traversant les différents pays. Cette boucle doit être réalisée grâce à la construction d’une voie neuve (environ 1.200 km) qui va permettre de faire la jonction avec les anciennes lignes dans certains pays. Les anciennes voies ferrées (environ 1.800 km) devraient, elles aussi, connaitre des travaux de réhabilitation.
La construction de la liaison Cotonou-Niamey apparaissait comme une étape déterminante dans la réalisation de l’intégralité de cette «Boucle ferroviaire».
Or, l’arrêt des travaux par Bolloré n’a pas débouché sur une relance de la réalisation du projet par Pétrolin qui estime en avoir droit.
Le projet se trouve dans une impasse depuis plus de deux ans. Ce qui a fini par provoquer une réaction du président béninois, Patrice Talon.
Mi-mars 2018, le président béninois a déclaré dans des interviews qu’il souhaitait finalement le retrait du projet des deux groupes en conflit: Bolloré et Pétrolin.
Un retrait «à l’amiable» qui débouchera sur leur «indemnisation de façon équitable». Patrice Talon a aujourd’hui des griefs contre les deux groupes dont il estime qu’ils ne sont pas à la hauteur du projet, au regard surtout des moyens financiers qui sont nécessaires à sa réalisation.
Contre Bolloré, c’est la qualité du travail qui ne lui donne pas satisfaction. Le projet technique du groupe français est jugé «bas de gamme» et le matériel «d’occasion». Quant à Pétrolin, le groupe béninois, le président du Bénin estime sa surface financière trop «faible» pour un projet d’environ trois milliards d’Euros.
Il déclare avoir parlé, à plusieurs reprises, aux patrons des deux groupes et surtout à son homologue du Niger qui ont tous compris et qui sont d’accord qu’il faut aller vers l’aide au développement pour mobiliser le type de financement capable de faire face à un tel investissement. Selon lui, le niveau d’ambition des Etats dans ce projet n’est pas compatible avec le financement privé commercial.
L’idée aujourd’hui pour la réalisation de ce tronçon, c’est de se tourner vers la Chine (Pékin). Ce pays a non seulement l’argent, mais aussi le savoir-faire. Un accord de principe des autorités chinoises pour une étude de faisabilité serait déjà acquis.
Parallèlement aux travaux entre le Niger et le Bénin, le projet de la «Boucle ferroviaire» mise sur la réhabilitation de la ligne de chemin de fer entre la Côte d’Ivoire et le Burkina, ainsi que sa prolongation depuis le territoire burkinabè jusqu’au Niger.
Il a fallu de longues négociations pour que les Etats ivoirien et burkinabè puissent signer une nouvelle convention de concession avec le groupe Bolloré. Cette convention, entrée en vigueur à partir du 1er janvier 2018, a permis le démarrage des travaux de réhabilitation de l’ancienne ligne qui va d’Abidjan jusqu’à Kaya au Burkina, en passant par la capitale Ouagadougou.
Il reste cependant la construction du tronçon de Kaya jusqu’à la frontière du Niger. Aujourd’hui, le flou entoure ce projet de prolongement ferroviaire qui avait été essentiellement confié à la société Pan African Minerals (PAM) dans le cadre de l’accord d’exploitation du manganèse de Tambao. Avec la décision de l’Etat burkinabè de retirer le permis d’exploitation minière à PAM, c’est aussi la construction de ligne de chemin de fer supplémentaire qui devrait se chercher un nouvel opérateur.

Karim GADIAGA


Un projet intégrateur à fort intérêt économique

L’un des grands intérêts du projet de la «Boucle ferroviaire» est qu’il permettra de transporter les matières premières (produits miniers notamment) du Sahel vers les ports de la région. Il revêt également un caractère de développement durable par la création d’emplois, la libre-circulation des personnes et des biens, la réduction du coût du transport des marchandises et la préservation du réseau routier.
L’activité de transport des minerais (zinc, manganèse, cuivre, pétrole, fer, titane, phosphate ) depuis des pays comme le Burkina ou le Niger en direction des ports d’Abidjan, de Cotonou ou de Lomé constitue l’un des grands intérêts visés par la réalisation de la voie ferroviaire.

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Numéro d'édition: 246