Le secteur du tourisme figure parmi les activités économiques les plus sensibles en cas d’attaques terroristes et d’insécurité.

Impact des attaques terroristes : Le tourisme avait déjà chuté en 2016

• 2.900 annulations de réservations de chambres

• Le chiffre d’affaires du secteur a connu une baisse

• La confiance des visiteurs ébranlée

 

Un secteur économique, comme celui du tourisme, est généralement très fragile dans les situations d’insécurité comme celles que créent les attaques terroristes répétées au Burkina.
Une enquête du ministère en charge du Tourisme, après les attaques de janvier 2016 sur l’Avenue Kwame Nkrumah, a révélé que l’évènement a eu des conséquences considérables sur toutes les activités liées au secteur du tourisme. L’enquête menée par l’Observatoire national du tourisme en mars 2016 a eu pour but d’évaluer l’impact des attaques sur le secteur touristique.
Elle a consisté à recueillir des informations auprès d’un échantillon représentatif du secteur composé notamment d’Etablissements touristiques d’hébergement (ETH), d’agences de voyages et de tourisme, de restaurants de tourisme et de clients d’ETH.
Au niveau du sous-secteur de l’hôtellerie, rudement éprouvé par les attaques terroristes du 15 janvier 2016, le préjudice s’est d’abord matérialisé par des pertes matérielles dans trois établissements hôteliers: Splendid Hôtel, Hôtel Yibi et Hôtel Palm Beach.
La perte la plus importante a été enregistrée par Splendid Hôtel, avec une bonne partie de l’hôtel qui a été consumée; ce qui a occasionné un arrêt complet de l’exploitation de l’établissement et des travaux de réfection avant la reprise des activités. Pour l’hôtel Yibi, qui était en réfection, le directeur général a situé le montant des dégâts à plus 25 millions de F CFA.
Outre ces dégâts matériels subis de façon directe, les attaques du 15 janvier 2016 ont eu des conséquences néfastes sur la fréquentation des unités d’hébergement ; même si cela s’est manifesté à des degrés divers. C’est en effet les hôtels des catégories 3, 4 et 5 étoiles qui ont été les plus touchés au plan de la fréquentation.
L’enquête révèle que dans les jours suivant les attentats, les indicateurs hôteliers ont connu une baisse. Une comparaison des indicateurs du mois de janvier 2016 à ceux de janvier 2015 montre cette tendance baissière. Ainsi, les arrivées, les nuitées et les recettes ont baissé respectivement de 15,5%, 24,% et 32,1%. Toujours selon l’enquête, la comparaison intra-mensuelle (décembre et janvier), quant à elle, montre une hausse des arrivées (+5,2%), une baisse des nuitées (-1.2%) et des recettes (-22,2%), en raison des annulations de réservations de chambres et d’activités.
Tout juste après les évènements, ce sont plus de 2.900 annulations de réservations de chambres qui ont été enregistrées. En plus, l’on a comptabilisé l’annulation de 17 séminaires, 9 conférences, 11 ateliers, 7 formations, 5 soirées gala, etc. Ces pertes en activités prévues ont été estimées à 615 millions de F CFA.
En dehors des hôtels, le sous-secteur des Agences de voyages et de tourisme (AVT) a aussi subi les contrecoups des attaques. Relativement à leurs chiffres d’affaires, 94% des AVT interrogées ont constaté une baisse. Cette diminution du chiffre d’affaires est en moyenne de 56%.
Cette diminution est due à l’annulation de réservations de billets, de voyages à forfait, de bons d’hébergement, de bons de restauration et de locations de voitures. Ce sont surtout les annulations de l’Europe et de l’Amérique qui ont été les plus élevées. Le manque à gagner dû à l’annulation de ces activités et opérations s’élève à plus de 221 millions de FCFA.
Autre sous-secteur impacté : les restaurants et cafés, surtout ceux situés sur l’Avenue Kwame N’Nkrumah.
Une baisse du chiffre d’affaires a été constatée par 90% de ces entreprises. Cette diminution est estimée en moyenne à 42%, et tournerait autour de 50 millions de F CFA.
Après janvier 2016 et août 2017, Ouagadougou, la capitale burkinabè, a été de nouveau la cible des attaques terroristes d’une ampleur effroyable le 2 mars 2018. En dehors des victimes humaines, les dégâts matériels et la peur qui tend à s’installer, l’autre gros préjudice infligé par ces attentats répétés se ressent fortement dans l’activité économique.
Le sentiment d’insécurité qui peut résulter de ces attaques mortelles sur des sites stratégiques et devant des établissements dédiés aux affaires risque d’entrainer, de façon générale, une frilosité, et donc un attentisme chez les opérateurs économiques locaux. Chez les investisseurs étrangers, intéressés par des projets locaux et la destination Burkina Faso, on pourrait également assister à des modifications de plans ; voire des revirements. C’est pourquoi les autorités nationales devraient travailler urgemment à rassurer tout ce beau monde par des messages positifs et par des actes concrets.
Si après les précédentes attaques le pays avait relativement su faire preuve de résilience en maintenant son rythme au plan économique, la répétition des attaques et la nature symbolique des récentes cibles peuvent finir par entamer cette résistance.

Karim GADIAGA


Près de 883 millions de FCFA de pertes dues aux annulations

L’Observatoire national du tourisme nous apprend que les attaques du 15 janvier 2016 ont, à la suite du putsch manqué de septembre 2015, encore ébranlé la confiance des touristes. Certains touristes ont dû écourter leurs séjours dans la capitale burkinabè, et d’autres ont simplement annulé leurs réservations sur la destination Burkina Faso. Comme conséquence, les hôtels, les agences de voyages et les restaurateurs, les trois sous-secteurs couverts par la présente enquête ont enregistré de nombreuses annulations de prestations de services. Le coût estimatif de celles-ci s’élève à près de 883 millions de F CFA.

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Numéro d'édition: 246