La création de la zone de libre-échange continentale a été décidée en 2012 par l’Union africaine. Son démarrage était prévu pour octobre 2017. Finalement, c’est au mois de mars 2018 qu’il sera lancé. (DR)

Libre-échange en Afrique : La ZLEC sera lancée en mars prochain

• Accroitre le commerce : intra-africain

• Projet attendu par le secteur privé

• Le gros chantier reste son contenu

 

Le tout nouveau président de l’Union africaine (UA), depuis fin janvier 2018, le Rwandais Paul Kagamé, a convoqué une réunion extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement du continent, à Kigali, le 21 mars 2018.
Objectif principal de ce rendez-vous: le lancement officiel de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Le projet de la ZLEC vise à mettre en place un marché commun pour les 55 pays du continent. Ce qui correspond donc à la levée des barrières qui empêchent aujourd’hui une libre-circulation des personnes et des biens. Ce marché commun est très attendu par le secteur privé qui y voit une opportunité de pénétrer de nouveaux marchés en Afrique.
La ZLEC devrait, en effet, favoriser l’industrialisation et le développement économique du continent. Selon les experts de l’UA, «elle permettrait d’augmenter considérablement le commerce intra-africain, de stimuler l’investissement et l’innovation, d’encourager la transformation structurelle des économies africaines, d’améliorer la sécurité alimentaire, de stimuler la croissance économique et la diversification des exportations et de rationaliser les régimes commerciaux des communautés économiques régionales qui parfois se recoupent». En gros, l’initiative vise à booster le développement économique de l’Afrique par l’adoption des bonnes pratiques qui font recettes sur les autres continents.
En effet, contrairement aux autres continents, les échanges entre pays africains sont très marginaux. En 2015, les données indiquaient que seulement 12% des échanges commerciaux en Afrique se font entre pays africains. Ce qui est très peu comparé aux pays asiatiques qui commercent entre eux pour près de 54% de leurs échanges et 70% pour ce qui concerne les Européens entre eux.
L’objectif principal avec la zone de libre-échange est donc de «faciliter le commerce entre ses membres, mais aussi de devenir un interlocuteur de poids face à d’autres entités économiques comme l’Union européenne». Une ambition qui doit se réaliser à travers une politique d’ouverture des frontières.
Le nombre de documents à fournir pour importer ou exporter, ainsi que les délais et le coût de franchissement des frontières entre pays africains, se verront réduits, à l’image de ce qui se passe en Europe. Il est établi que 8 documents de douanes sont nécessaires en moyenne en Afrique contre cinq en Europe.
Par ailleurs, il avait été établi qu’il faut un mois pour dédouaner des marchandises en Afrique, à l’exception notable du Maghreb, contre une dizaine de jours en Europe. C’est toutes ces contraintes qui devraient être résorbées à travers le projet de la ZLEC.
Selon les conclusions de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), la ZLEC devrait permettre une hausse de 52% du commerce intra-africain, d’ici à 2022, soit 35 milliards de Dollars.
La formalisation de la ZLEC consistera à regrouper les ensembles et les cadres d’intégration déjà existants. En juin 2015, les 26 pays des régions économiques du COMESA, le Marché commun des Etats d’Afrique australe et de l’Est, de l’EAC, la Communauté d’Afrique de l’Est, et de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, avaient pris les devants en créant la zone appelée la Tripartite, en prélude à la formation de la ZLEC. Il reste maintenant à créer la jonction entre la Tripartite, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union du Maghreb arabe et la Communauté des États sahélo-sahariens.
Aujourd’hui, ce sont tous les pays africains qui manifestent la volonté d’aller vers une intégration. Le principe est donc acquis. Cependant, il reste à définir concrètement le contenu et les règles applicables à la zone de libre-échange. En effet, une zone de libre-échange signifie la création de tarifs douaniers préférentiels, la fin ou la baisse du protectionnisme dans chaque pays. Toute chose qui devrait réduire les recettes douanières au niveau des Etats. Face à cela, il serait important que dans chaque Etat l’on puisse produire et vendre suffisamment pour compenser le manque à gagner. Tous les Etats sont-ils prêts à entrer dans cette nouvelle donne ? La question se pose et les discussions sur le niveau d’ouverture et les règles applicables dans le cadre de la ZLEC risquent d’être houleuses au point de mettre à mal la réalisation du projet.
Les appréhensions et les réticences pourraient être alimentées par les nombreuses critiques qui s’élèvent actuellement contre la doctrine libérale, le libre-échange dans le monde.

Karim GADIAGA


Un élan porteur qui a besoin d’un cadre adapté

Selon l’UA, l’Afrique exporte principalement des produits de base vers le reste du monde ; tandis que le commerce intra-africain porte surtout sur des produits et des services à forte valeur ajoutée. Le commerce est donc d’un intérêt particulier pour le développement de l’Afrique. Ces dernières années, le commerce intra-africain a représenté 57 % des exportations africaines de biens d’équipement, 51 % des produits alimentaires transformés et des boissons, 46 % d’articles de consommation, 45 % de matériel de transport et 44 % de fournitures industrielles transformées. La ZLEC constitue un cadre légal qui devrait permettre de concrétiser les promesses de solutions doublement gagnantes pour tous les États membres de l’Union africaine qui y participent.

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Numéro d'édition: 239

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