Depuis 30 ans, le projet de la monnaie unique pour les 15 pays de la CEDEAO est un serpent de mer. (DR)

Monnaie unique  : L’arlésienne refait surface

• Le président Kaboré, nouveau défenseur du projet ?

• Nouvelle feuille de route attendue en février 2018

• L’enthousiasme mesuré de certains pays

 

Du projet de création de la monnaie unique de CEDEAO à l’échéance 2020, on a enfin l’occasion d’en reparler. C’est le président burkinabè, Roch Kaboré, presque à lui seul, qui a réussi à replacer le sujet dans l’actualité en marge de la 52e session de l’organisation régionale, tenue à Abuja le 16 décembre 2017. En effet, même si la question de la monnaie unique a été évoquée lors de la rencontre, elle n’était pas véritablement apparue comme l’une des principales questions à l’ordre du jour. A son retour d’Abuja, le président Kaboré a réaffirmé la volonté des Etats membres de la CEDEAO de mettre en place cette monnaie unique en 2020. Il a toutefois fait preuve d’une certaine prudence en indiquant que le processus d’adhésion se fera de façon progressive. Au regard de l’ambiance actuelle autour du projet, c’est en effet plus réaliste.
Parmi les moyens qui vont être mis en œuvre pour accompagner la volonté réaffirmée de créer la monnaie unique tout en respectant l’échéance annoncée, il y a l’établissement d’une nouvelle feuille de route. Ce nouveau document programme est attendu à partir de février 2018. Il va fixer un nouveau calendrier des activités préalables et les étapes intermédiaires à respecter pour arriver à l’échéance finale où tous les 15 pays de l’espace CEDEAO sont regroupés au sein de la monnaie unique. C’est à partir de cette nouvelle feuille de route qu’on pourra mesurer l’envie et l’engagement réel des pays de l’espace CEDEAO à faire passer le projet de monnaie unique de son statut actuel d’arlésienne en véritable projet qui va être réalisé.
D’abord, la mise en œuvre de la monnaie unique a donné lieu à des échéances successives non tenues en 2003, en 2005, en 2009. A partir de 2009, il y a eu l’avènement, pour la première fois, d’une feuille de route qui a prévu la création en 2015 de la ZMAO (Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest) pour regrouper tous les pays de la CEDEAO non membres de l’UEMOA. La ZMAO est une sorte de sœur jumelle de l’UEMOA.
Selon la feuille de la route, la ZMAO devait avoir sa monnaie appelée «ECO». Ensuite, l’ECO et le CFA de la zone UEMOA fusionneront pour donner la monnaie unique en 2020.
On peut donc s’apercevoir que l’échéance de la création de la ZMAO et de l’ECO en 2015 n’a pas été tenue.
Ce qui a de nouveau entrainé un flou total sur le calendrier global de la mise en œuvre de la monnaie unique.
L’annonce d’une nouvelle feuille de route à partir de février 2018 devrait peut-être permettre de dégager à nouveau l’horizon du projet.
Mais, déjà on peut être presque certain d’une chose : s’il devait avoir une monnaie CEDEAO en 2020, tous les pays de l’espace ne seront pas prêts à la rejoindre à cette date.
L’enthousiasme de certains pays pour respecter l’échéance de 2020 n’est pas total. Au nombre de ces pays, il y a notamment le Nigeria, le poids lourd économique de la région. On évoque carrément «le pessimisme» du président Buhari du Nigeria sur le projet. Ce dernier pointe notamment les divergences constatées entre les pays en matière de respect des critères de convergence économique. Le respect de ces critères de convergence étant la condition préalable au regroupement autour de la monnaie unique.

Karim GADIAGA


Difficile convergence économique

Avant d’arriver à la mise en place de la monnaie unique, l’harmonisation de plusieurs aspects des politiques économiques des Etats est exigée comme préalable. Une norme a été définie dans chacune de ces domaines économiques. Ce sont les critères de convergence ou des normes économiques et institutionnelles à atteindre par les Etats avant l’union monétaire.
Sur ces normes, l’ensemble des pays membres éprouvent des difficultés à respecter ces critères. Il y a non seulement des difficultés à les atteindre, mais aussi des incapacités à confirmer les performances d’une année à une autre. Les critères sont au nombre de 11, dont 4 dits de «premier rang» et 7 autres définis comme étant «secondaires». Les critères de premier rang sont notamment liés au «déficit budgétaire», au «taux d’inflation», au «financement du déficit budgétaire par la Banque centrale» et aux «réserves brutes». Une évaluation dressée à la fin 2012, à travers le Mécanisme de surveillance multilatérale (MSM), a révélé qu’aucun pays ne les a respectés à cette date.
Récemment, en octobre dernier, le président de la commission de la CEDEAO déclarait, à Niamey, que «de 2012 à 2016, aucun de nos pays n’a pu respecter de manière continue les critères».

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Numéro d'édition: 233