Climat, gouvernance et violence sociale : donner davantage voix au chapitre aux femmes

Par Mary Robinson, présidente de la fondation Mary Robinson pour la justice climatique

Changement climatique, conflits armés, déplacement massif de populations, montée de l’extrême droite ou bien encore violence de nos sociétés sont autant de défis auxquels le monde doit faire face. Si elles nécessitent une prise en compte et des réponses urgentes, aucune de ces préoccupations ne saurait être résolue efficacement sans reconnaissance préalable de l’inégalité entre les sexes. Aucune société ne peut se développer − en termes économique, politique ou social −, si la moitié de sa population reste marginalisée.

Face à de telles inquiétudes, les femmes et les hommes doivent assumer ensemble la responsabilité de déterminer leur avenir et s’engager, à un même niveau, dans la construction de communautés pacifiques et résilientes face au changement climatique. Les femmes ne sont pas représentées paritairement dans les assemblées décisionnaires, leur voix n’est pas entendue et elles ne participent pas à parts égales à l’élaboration des politiques publiques, en dépit des mesures plus ouvertes et universelles qui découlent de leur implication dans la prise de décision et la gouvernance.

Malheureusement, selon une certaine opinion, les femmes ne mériteraient pas un traitement égal. Renoncer à l’éradiquer constitue l’un des principaux freins au progrès et à la prospérité. L’absence de représentation égalitaire des femmes et de résolution adéquate des problèmes qui les concernent affecte l’ensemble de la société.

Encourager l’autonomie − politique et économique − des femmes favorise l’éradication de la pauvreté et une meilleure croissance économique. D’après un rapport du cabinet McKinsey, soutenir l’égalité des femmes pourrait rapporter 12 000 milliards de dollars supplémentaires (10 000 milliards d’euros) à l’économie mondiale d’ici 2025.

Les femmes subissent de plein fouet certaines des pires souffrances au monde. À cette même échelle, la violence sexiste demeure l’un des principaux problèmes de droits humains, surtout dans les zones de conflit. Les valeurs culturelles et les normes sociales pèsent dans la manière d’aborder cette violence sur laquelle les sociétés préfèrent trop souvent fermer les yeux, au détriment des familles et de la cohésion sociale.

Mais les femmes ne sont pas uniquement victimes des conflits, elles sont également de puissants vecteurs de changement. Elles jouent un rôle majeur dans la résolution des conflits et la consolidation de la paix. Leur contribution entraîne des changements au niveau des sociétés, des populations locales et des familles. En 2000, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1325 qui souligne le rôle majeur des femmes dans la prévention et la résolution des conflits et l’importance d’une participation égale des femmes dans le maintien et la promotion de la paix et de la sécurité.

Trop souvent, la gestion des affaires publiques et la prise de décision font abstraction de l’égalité entre les sexes. Les politiques publiques mises en œuvre ne reflètent donc pas les besoins de l’ensemble des citoyens. Des approches ciblées sont nécessaires pour garantir la participation de l’ensemble des femmes à la formulation des décisions qui affectent leur vie. Ainsi, les femmes feraient entendre leur voix et les politiques publiques répondraient avec efficacité à leurs besoins ; enfin, les femmes joueraient un rôle actif dans la construction de sociétés plus justes et plus équilibrées.

Pour être davantage entendues, les femmes doivent absolument s’impliquer. Il est essentiel d’écouter celles qui subissent les effets de fléaux mondiaux, tels que la violence sexiste, et qui sont les premières concernées par les conséquences du changement climatique. Un levier important consiste à renforcer leur rôle de chef de file pour favoriser davantage de projets et de politiques intégrant la dimension hommes-femmes. Ces enjeux majeurs ne peuvent pas être abordés de manière adéquate sans une prise en compte des inégalités en termes d’exercice du pouvoir et des responsabilités politiques.

Partout dans le monde, on trouve de superbes exemples de femmes qui passent à l’action et apportent des changements positifs à l’échelon local et national, en faisant tomber les obstacles de l’inégalité entre les sexes. Il y a plusieurs années, au cours d’une visite en Éthiopie, j’ai rencontré un groupe remarquable de dirigeantes déterminées à construire la paix au Soudan et au Soudan du Sud. Traditionnellement mises sur la touche, ces femmes entendaient être présentes à la table des négociations et luttaient pour apporter la justice aux victimes de violences sexuelles dans les zones de conflit et pour influencer la future génération de dirigeants africains.

Ce type de démarche s’applique également au domaine du changement climatique. La fondation Mary Robinson pour la justice climatique se veut le porte-voix des plus exposés à ses conséquences. Les femmes qui se trouvent dans les zones concernées en ressentent bien sûr les effets, mais jouent également un rôle essentiel en contrôlant l’efficacité de l’action en faveur du climat. Notre objectif consiste à garantir la participation des femmes aux forums internationaux, en particulier celles qui œuvrent au plus proche de leurs concitoyens. Pour réaliser la volonté de ne « laisser personne de côté » préconisée par l’Agenda 2030 pour le développement durable et son engagement de « donner la priorité aux plus défavorisés », les femmes qui œuvrent sur le terrain doivent être reconnues comme des acteurs essentiels du développement durable à l’échelle mondiale.

L’égalité entre les sexes promet un monde meilleur. Il faut encourager toutes les femmes à exercer pleinement leurs droits, car cela profite à l’ensemble de la société. Pour établir la démocratie, une bonne gouvernance, un environnement et une paix durables, il est fondamental de donner davantage voix au chapitre aux femmes et de renforcer leur pouvoir et leur influence.

Au regard des défis immenses auquel le monde fait face aujourd’hui, les femmes sont le pivot de la mise en œuvre de stratégies de résolution efficaces et doivent figurer dans toutes les instances décisionnaires. L’avenir de notre planète et la tranquillité de nos sociétés en dépendent. Car après tout, les droits des femmes sont des droits de l’Homme.

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Numéro d'édition: 25