Salifou Diallo, ex-président de l’Assemblée nationale. (DR)

Deux mois après la mort de Salifou Diallo : Le microcosme politique du Yatenga se redéfinit

• Profiter du vide laissé par Gorba

• La position de l’UPC

 

La disparition de Salifou Diallo, ex-président de l’Assemblée nationale, le 19 août 2017, a psychologiquement ébranlé le microcosme politique du Yatenga, sa province natale.
Fortement secoué par la mort brutale de son leader charismatique, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a du pain sur la planche. Le secrétaire général provincial du parti, Mamadou Ouattara, très éprouvé, travaille en ce moment à réorganiser les militants du parti. «Débarrassés» d’un concurrent gênant, les adversaires politiques du MPP semblent confortés: la balle est maintenant jouable. Nous avons fait le tour des états-majors des partis politiques, et voici le constat!
Avec le décès de Salifou Diallo, le paysage politique du Yatenga est forcément en train de se recomposer. Certains acteurs, du côté de l’opposition comme du côté du parti au pouvoir, entendent profiter du vide laissé par «Gorba» pour se faire une assise.
Ici, dans le Yatenga, la politique est avant tout une tradition, une histoire de famille, un héritage à préserver. Depuis quelques semaines, un vent de renouveau souffle sur les états-majors régionaux des partis. Du côté du MPP, l’heure est à la remobilisation au sens strict du terme. «Même s’il faut envisager des combinaisons acrobatiques, il faut le faire pour éviter la seconde mort de Salifou Diallo. C’est donc inutile de nous brouiller entre nous, alors que le terrain est maintenant miné», conseille un responsable du MPP supposé proche du défunt président de l’Assemblée nationale.
«Alors que nous aurions tu nos querelles intestines pour ne voir que l’intérêt général du parti, il se trouve que certains travaillent à nous diviser. Tout cela montre que nous ne sommes pas capables de trouver un leader à même de se placer à la hauteur des circonstances et des enjeux », regrette un autre cadre du parti. Mais pour le secrétaire général du MPP/Yatenga, Mamadou Ouattara, le parti est en pleine forme. Mieux, l’ancien maire de Tangaye et ex-candidat malheureux à la mairie de Ouahigouya trouve que le MPP est mieux structuré qu’avant. Pour lui, des réconciliations des plus inattendues ont eu lieu après la disparition de Salifou Diallo. De toute façon, «les haines recuites sont trop ancrées dans le parti pour disparaitre comme par enchantement». On savait qu’il y avait du vivant de Salifou Diallo des rapports particulièrement tendus entre l’actuel ministre de la Jeunesse, Smaïla Ouédraogo, et l’ex-DG du FAFPA, Ibrahim Ouédraogo (actuellement à la MACO pour détournement de fonds publics).
Selon nos sources, bien informées, au nombre des fils et filles du Yatenga qui lui ont rendu visite, il ne figure jusque-là pas le patron de la Jeunesse burkinabè. Autant dire que la bataille pour les postes est souvent reformulée en divergences politiques, faisant naître des clans. En réalité, les rivalités sont si nombreuses que très peu se hasardent à se prononcer sur la succession de Salifou Diallo.
Ces derniers temps, des réunions se sont tenues à Ouahigouya pour essayer de laver le linge sale en famille. Mais rien n’y fit. On raconte qu’une de ces rencontres très vives a failli se terminer en conflit ouvert, tandis qu’une autre aussi houleuse a eu lieu entre le maire de Ouahigouya, Boureima Basile Ouédraogo, le secrétaire général du MPP/Yatenga, Mamadou Ouattara, les ministres Smaïla Ouédraogo (Jeunesse), Jacob Ouédraogo (Agriculture) et les deux députés de la province, à savoir Jacob Ouédraogo (récemment nommé ambassadeur au Sénégal ) et Boubacar Ouédraogo. La promotion de ce fils de Barga est d’ailleurs une aubaine pour sa suppléante Fati Ouédraogo qui rejoint d’office l’Assemblée nationale. Et que dire donc de cette rencontre au sommet qui a regroupé les membres du Bureau politique national (BPN) du parti, ressortissants du Yatenga? La question la plus lancinante demeure celle-ci : qui au sein du MPP /Yatenga pourra valablement remplacer Salifou Diallo en termes de notoriété? A cette interrogation, d’aucuns répondent: personne !
«Salifou était un fou de la générosité au Yatenga. Il prenait en charge des familles entières, faisait partir des gens à la Mecque et était un grand rassembleur. Contrairement à certaines allégations, Salifou Diallo travaillait discrètement à l’union des fils et filles du Yatenga. C’était en quelque sorte notre médiateur attitré. Je me rappelle encore de mon entrée au gouvernement Tertius Zongo. Quand j’avais voulu décliner l’offre, il a utilisé tous les arguments possibles pour me convaincre. Il ne supportait pas de voir son frère dans la souffrance», se souvient Cécile Beloum, ancienne ministre chargée des Relations avec le Parlement. Une argumentation battue en brèche par un responsable de l’opposition, ancien conseiller municipal: «En réalité, Salifou Diallo n’était pas aimé, mais il était craint. Il pesait de tout son poids pour diviser les fils et filles du Yatenga afin de pouvoir mieux régner. Nous pleurons certes sa disparition, mais son absence pourrait contribuer à assainir le terrain politique».
Pour sûr, les états-majors de tous les partis sont actuellement en ébullition, en témoigne cette profession de foi d’Aly Ouédraogo, responsable provincial de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), parti qui soutient le Général Djibrill Yipéné Bassolé bénéficiant d’une liberté provisoire assortie d’une résidence surveillée: «Nous n’allons plus demeurer de simples figurants sur la scène politique yatengalaise, alors que nous avons l’énergie nécessaire pour mobiliser. Certains de nos adversaires d’en face allaient jusqu’à nous intimider pour nous faire disparaitre du Yatenga. Quand bien même nous déplorons la mort de Salifou Diallo, nous sommes d’accord à reconnaitre que son absence va équilibrer un tant soit peu le jeu politique. Beaucoup de nos adversaires comptaient sur lui pour nous dénigrer. Au niveau de la NAFA, nous venons de parcourir les 13 communes et près de la moitié des 400 villages. Partout où nous sommes passés, les militants nous ont accueillis avec beaucoup d’enthousiasme. Ils ont surtout été galvanisés par la liberté provisoire accordée à notre leader, qui est un homme de paix. J’ai moi-même conduit une délégation jusqu’à Ouagadougou où nous avons pu voir M. Bassolé après beaucoup de tracasseries policières. Nous avons pu rencontrer un homme très serein, qui croit beaucoup en la justice burkinabè. Nous implorons l’indulgence des autorités afin qu’elles le laissent aller se soigner en France». Le coordonnateur régional de la NAFA/Nord, Dr Mamadou Ouédraogo, a eu des démêlés avec la justice. N’est-ce pas un handicap pour le parti ? Pas du tout, rétorque Aly Ouédraogo, pour qui cette affaire relève du passé.
Pour le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’heure n’est pas non plus au repos. Des vieux briscards comme Boureima Badini (ancien ministre de la Justice et ex-représentant spécial de Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire), Barou Ouédraogo, secrétaire général de la section provinciale du CDP, Yacouba Barry (ancien ministre de l’Habitat), Mamounata Belem (ex-ministre de l’Eau) et bien d’autres se préparent activement à la reconquête du pouvoir d’Etat. Toutes les stratégies politiques sont mises en œuvre tant à Ouahigouya que dans les autres localités pour resserrer les rangs. Mais s’il y a un départ qui a fortement marqué le parti dans cette province, c’est bien celui d’Aboubacar Relwindé Sawadogo, devenu responsable local du Nouveau temps pour la démocratie (NTD). Bouba, comme on l’appelle dans la Cité de Naba Kango, a appris la politique auprès de Salifou Diallo. En dépit de toutes les pressions, il a carrément refusé de rejoindre le MPP. Conséquence: sa maison a été incendiée lors de l’insurrection populaire de 2014, selon ses partisans. Il a été même contraint à quitter Ouahigouya pour Ouagadougou, question de sauver sa peau. Ancien Haut-Commissaire, ancien président du conseil régional du Nord et ex- patron du MPP/Yatenga, sa défection sonne comme une gifle pour le CDP.
Autre parti, autre mobilisation: l’ADF/RDA. Le parti de l’Eléphant dirigé par Gilbert Noël Ouédraogo vient de terminer une tournée dans les communes.
L’ADF/RDA, qui a perdu la mairie de Ouahigouya à la faveur de l’insurrection populaire, compte la reconquérir à travers les urnes.
«Nous avons fait les frais de l’insurrection. La maison de notre président a été incendiée. Nous avons été chassés de la mairie, alors que nous étions au 16e mois de notre mandature. En dépit de toutes ces souffrances que nous avons endurées, nous prônons toujours le pardon. Notre président a parcouru le Yatenga et le Burkina pour lancer un appel à l’apaisement.
Nous sommes dans cette dynamique qui est que tout le monde se pardonne», tempère un cadre du parti au niveau local. L’ADF/RDA est aussi handicapée par la mort de son responsable provincial, Souleymane Guèma Ouédraogo, compagnon politique de Gérard Kango Ouédraogo.o
Ben Ahmed NABALOUM L’UPC dans le Yatenga
Dans le Yatenga, l’Union pour progrès et le changement (UPC) de Zéphirin Diabré est représentée par Brahima Ouédraogo. Le parti du Lion ne compte qu’une dizaine de conseillers municipaux dans toute la province. Une moisson que d’aucuns trouvent bien maigre. Mais Brahima Ouédraogo, lui, s’en défend: «Lors des municipales passées, nous avons formé une coalition avec le CDP et l’ADF/RDA pour combattre le MPP. Pour nous, si certains trouvent que la moisson est maigre, c’est peut-être dû à cette alliance. Ce qu’il faut ajouter, c’est que notre parti ne dispose pas de moyens colossaux comme c’est le cas chez nos adversaires. Nous n’avons pas cette habitude de distribuer des billets de banque. Nous avons toujours dit non à l’achat des consciences».
Quant à l’UNIR /PS de Maitre Bénéwindé Sankara, tout comme l’UPC, elle a du mal à s’imposer. Une vérité que concède son responsable provincial, Irisso Ouédraogo, pour qui le parti manque cruellement de moyens pour faire la différence.

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Numéro d'édition: 229