Préparer les étudiantes au monde du travail, le pari de deux femmes de poigne sud africaines

Itumeleng Makgato et Boikhutso Mokoto sont en dernière année de licence commerciale à l’Université Wits de Johannesburg. Elles se sont donné pour mission d’aider toute étudiante qui n’arriverait pas à faire entendre sa voix.

Elles représentent la nouvelle section étudiante de l’Association sud-africaine des femmes d’affaires (BWASA) à Wits.

Le duo répond clairement à un besoin : en huit mois à peine, près de 200 étudiantes sont devenues membres, alors que l‘université n’en exige que 40 pour officialiser une organisation sur le campus.

« Nous avons de bonnes relations avec la communauté à Wits. Les étudiantes nous demandent où nous étions tout ce temps », déclare Boikhutso Mokoto, 21 ans et originaire de Brakpan.

« Nous ne sommes pas spécialisées sur une activité, car les étudiantes qui nous rejoignent suivent toutes sortes de cours pour devenir dentistes, enseignantes, psychologues, journalistes… Peu importe leur cursus, pourvu qu’elles soient des femmes », ajoute Itumeleng Makgato, 22 ans. La jeune femme a grandi à Orlando West et vit à Midrand, deux localités en périphérie de Johannesburg.

Vives, affirmées et confiantes en elles, les deux étudiantes veulent transmettre ce qu’elles ont appris sur les exigences de la vie de travail « afin que les programmes que nous concevons aident nos camarades de cours ».

« Les lycéennes ont du mal, même celles qui comme nous viennent d’écoles privées de filles, parce qu’elles ne sont pas préparées aux défis de l’université », explique Boikhutso Mokoto.

Cela va de la soudaine liberté –  ou plutôt, de la nécessité – de s’exprimer au passage d’un mode d’apprentissage scolaire à la vie universitaire académique.

« Quand nous quittons l’école, nous ne sommes pas prêtes psychologiquement », regrette Itumeleng Makgoto.

Par la suite, la transition de l’université au monde du travail peut faire peur : écrire un CV, se préparer aux entretiens d’embauche, savoir comment s’habiller…

Itumeleng Makgato, qui travaille déjà dans une banque privée à Johannesburg, ne s’est pas laissé intimider par les vastes bureaux sophistiqués. En passant devant les ascenseurs vitrés, elle s’est dit « Je veux avoir ma propre entreprise un jour, et je veux qu’elle ressemble à cela ».

Boikhutso Mokoto ne compte pas se sentir dépassée lorsqu’elle commencera à travailler. «Grâce aux cours que BWASA nous donne ».

La section étudiante de Wits a organisé des panels de discussion en préparation d’un événement de speed networking. Les jeunes femmes reçoivent des conseils sur comment se comporter dans le monde professionnel.

Itumeleng Makgato explique comment cela se déroule : «  Nous préparons un elevator pitch qui permet de nous présenter, et ce qui nous caractérise, dans le temps qu’il faut à un ascenseur pour aller d’un étage à l’autre ».

Des femmes en vue dans la communauté des affaires d’Afrique du Sud sont invitées à ces événements et viennent partager leur expérience dans de grandes banques comme Standard et Absa, chez Unilever ou Sasol.

« Sur le campus, les filles sont timides. Elles commencent leurs questions en disant qu’elles sont désolées de déranger… », ajoute Boikhutso Mokoto. « Nous ne sommes même pas à l’aise pour nous parler entre nous ».

Pour sa première année à Wits, la section étudiante a programmé des sessions ‘Voies rapide vers la réussite’ pour aborder des sujets tels que le leadership, l’entrepreneuriat et la baisse des frais de scolarité.

Au fil des discussions, elles se demandent pourquoi les hommes forment si facilement des réseaux, font plus de choses en commun et créent des synergies de groupe qui ne se font pas spontanément lorsque les femmes se rencontrent pour la première fois.

Il faut désapprendre les premières règles de socialisation des filles. On attend d’elles qu’elles fassent certaines tâches à la maison, à l’école, et même à l’université, perpétuant ainsi certains stéréotypes.

« Je ne cherche pas la confrontation et je réagis calmement lorsque l’on attend de moi des choses qui incomberaient aux femmes. Mais certaines d’entre nous explosent de colère », explique Boikhutso Mokoto. « Il faut trouver le bon équilibre ».

Itumeleng Makgato a été poussée à ouvrir cette section de BWASA par sa tante, Matshepo Msibi, ancienne directrice de la stratégie du Trésor de la province du Gauteng et aujourd’hui  au Comité de direction de BWASA.

« Le programme ‘Grandes voix de demain’ a été instauré par ma tante et j’étais l’une de ses ambassadrices. Les formations au leadership et le mentorat mettent des cartes dans les mains des jeunes femmes ».

« Nous avons rencontré Kah Walla, figure de l’opposition au Cameroun. Elle a salué le travail de BWASA tout en suggérant que nous pourrions faire davantage en donnant plus de pouvoir aux jeunes femmes », explique Itumeleng Makgato.

Le dernier événement de l’année a été le sommet ‘Mentorat et Entrepreneuriat’ d’octobre. BWASA espère déployer le programme de sa section étudiante dans quatre nouvelles universités : Nelson Mandela, de Limpopo, du Cap et de Pretoria.

Beaucoup de travail repose sur les épaules de la section étudiante de Wits. Grâce à ce groupe dynamique, l’avenir professionnel des jeunes diplômées inscrites au programme connaîtra un démarrage en force.

Par Sue Grant Marshall pour City Press

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