Éduquer les jeunes femmes pour un avenir meilleur

Nomsa Daniels, directrice générale de la Fondation Graça Machel Trust

En Afrique et dans le monde, les études scientifiques indiquent qu’en matière d’éducation des enfants l’inégalité entre les sexes reste un problème majeur. D’après les chiffres de l’UNESCO, plus de 235 millions d’enfants sont déscolarisés dans le monde, l’Afrique enregistrant les plus forts taux d’exclusion. Pour mon propre continent à lui seul, cela signifie l’exclusion de neuf millions de jeunes filles en âge d’aller à l’école primaire –, soit un tiers de plus que les garçons. Par ailleurs, une étude de l’Union africaine affirme que sur 75 % des jeunes filles qui entament leur scolarité, seule une proportion d’à peine 8 % décroche un diplôme de l’enseignement secondaire. En Afrique subsaharienne, les jeunes filles inscrites dans des établissements du secondaire représentent moins d’un quart de celles en âge de les fréquenter et ces taux chutent de près d’un tiers dans les pays déchirés par un conflit. C’est une triste évidence : il ne suffit pas d’envoyer les jeunes filles à l’école primaire pour qu’elles finissent leur scolarité en nombre. Nous devons faire davantage pour préserver leur avenir. Une forte mobilisation, à tous les échelons, apporterait de multiples bénéfices. En effet, les jeunes filles scolarisées jusqu’à la fin du secondaire se marient et ont des enfants plus tard, obtiennent un meilleur salaire et sont mieux armées pour prendre des décisions éclairées concernant leur vie. Celles qui ont bénéficié de ces apprentissages ont moins de chances de se heurter aux difficultés sociales associées à l’absence d’instruction : pauvreté, violence sexiste et sexuelle. Autonomes, les jeunes filles ne considéreront pas leurs relations aux hommes comme un moyen de survie économique. À l’évidence, les femmes économiquement dépendantes sont davantage susceptibles de subir des violences dans le cadre de leurs relations, privées des moyens de s’exprimer et d’y mettre un terme.

À la fondation Graça Machel Trust, nous savons que les jeunes filles rencontrent dans leur parcours éducatif un ensemble d’obstacles spécifiques, en particulier après l’école primaire : manque de ressources financières, sévices sexuels, absence d’hygiène, milieux scolaires difficiles. Jusqu’à présent, les projets d’éducation ne prennent pas suffisamment en compte toutes les dimensions de la vie d’une fille et les compétences qu’ils transmettent restent insuffisantes. La majorité mise toujours uniquement sur les compétences scolaires traditionnelles – savoir lire et compter –, au détriment des savoir-faire individuels, sociaux et économiques dont de nombreuses femmes et jeunes filles ont besoin pour survivre et assurer la pérennité de leurs moyens de subsistance. De plus, si l’éducation de base doit s’adresser à toutes et tous, il faut également supprimer les facteurs qui empêchent les jeunes filles de s’inscrire à l’école et entraînent le décrochage scolaire.

Quand la Fondation Graça Machel Trust a lancé le programme « Mara Out-of-School Children » (en français, Enfants déscolarisés de Mara) en Tanzanie, nous avons d’abord cherché à comprendre pourquoi les enfants n’allaient pas à l’école, pourquoi – même inscrits –, ils n’assistaient pas au cours ; et ce qui les poussait à décrocher au cours des premières années de scolarité. Une étude de la Fondation pour la recherche économique et sociale (« Economic and Social Research Foundation ») a établi le profil de plus de 20 000 enfants déscolarisés. Parmi les principales raisons du décrochage scolaire – filles et garçons confondus – figurent la pauvreté, la maladie, le handicap et le décès des parents. Quand les familles doivent faire un choix, elles sont plus susceptibles de renoncer à l’éducation d’une fille qu’à celle d’un fils.

Malgré la jeunesse de ce programme, notre champ d’action m’encourage. Il entend garantir les premières années de scolarisation de près de 8 000 enfants de la région de Mara. Sa réussite dépendra essentiellement de notre capacité à concevoir un programme éducatif accéléré, pour intégrer à terme ces enfants au système éducatif traditionnel. Nous devons également adopter une approche éducative globale qui élargisse le champ de compétences des jeunes filles, pour réduire les risques spécifiques auxquels elles sont confrontées durant l’adolescence et améliorer leurs perspectives sociales et économiques une fois adultes. Le programme représente également une avancée majeure dans la lutte contre les mariages d’enfants et les mutilations génitales féminines qui prévalent dans la région et forment les deux principaux obstacles au maintien des jeunes filles dans les salles de classe.

Des programmes éducatifs garantissant le maintien des jeunes filles à l’école, sans se cantonner à l’apprentissage de la lecture et du calcul, doivent être appliqués. Nous devons changer notre manière actuelle de concevoir les approches éducatives et nous concentrer sur une approche globale, ouverte, tenant compte des compétences individuelles, sociales et économiques indispensables à de nombreuses jeunes filles pour devenir des adolescentes accomplies, puis des femmes bénéficiant de meilleures conditions financières.

Toutes les jeunes filles, en particulier en Afrique, doivent sentir qu’elles reçoivent autant d’estime, d’affection et d’éducation que leurs frères. Parallèlement, elles doivent bénéficier d’un accès équivalent à une éducation de qualité. Celle-ci leur permettra de s’épanouir pleinement et de saisir, tout au long de leur vie, les occasions de se former. Tirant parti de la capacité de l’éducation à les transformer, elles ne serviront pas uniquement leurs desseins individuels, mais également ceux de leurs communautés et de leur pays.

Par Nomsa Daniels, directrice générale de la Fondation Graça Machel Trust

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