Après le passage des forces de défense et de sécurité le 15 juin 2015, toutes les maisons d’habitation à Kouankoufouanou ont été détruites.

Déguerpis de Kouankoufouanou : Les conditions de vie se dégradent de jour en jour

* 7 000 personnes déguerpies en 2015 sur ordre du gouverneur
* La raison, occupation illégale d’une zone pastorale
* Ecole et forage fermés, manque de terre pour cultiver

Que deviennent les déguerpis de Kouankoufouanou 02 ans après ?

Le mardi 9 mai 2017, les représentants de cette communauté ont animé une conférence de presse à Ouagadougou pour dénoncer leur déguerpissement forcé en 2015 et interpeller le gouvernement pour une assistance. Ils étaient assistés dans leur démarche par la FIAN avec le soutien d’OXFAM.

C’est le 15 juin 2015 que les habitants de Kouankoufouanou qui habitaient ce hameau de culture depuis 1983 ont été déguerpis par une équipe des forces de défense et de sécurité. Ces derniers sont intervenus sur ordre du gouverneur de la région de l’Est. La raison officielle de ce déguerpissement est l’occupation illégale de la zone pastorale de Kabongo. Les représentants de Kouankoufouanou rejettent cette assertion.

Ils rassurent qu’ils ont respecté la distance qui leur avait été imposée à partir des balises de délimitation implantées en 2004. « Cette distance était d’au moins 500 mètres pour les habitations et un kilomètre pour les champs », ont-ils déclaré au cours de la conférence de presse. Ils ont toujours en mémoire cette intervention musclée des forces de défense et de sécurité. « Beaucoup d’entre nous ont été tabassés dont des femmes et des enfants. Certains ont même été arrêtés et conduits derrière les barreaux ». Les personnes arrêtées ont été dépouillées de leur argent et des biens en nature comme l’or, se souviennent-ils.

Le préjudice de ce déguerpissement est lourd. L’unique école où étaient scolarisés les enfants a été fermée. A sa fermeture, elle comptait 150 élèves qui depuis lors ne savent plus à quel saint se vouer. Leur avenir est compromis par cette situation. Toutes les maisons d’habitation ont été brulées avec tout ce qui s’y trouvait. Ils vivent présentement dans des huttes dans une insécurité totale. Un enfant a perdu la vie après une morsure de serpent. L’accès à l’unique forage du village a été coupé, les privant d’eau potable. Cette situation provoque des maladies diarrhéiques graves chez certains. « Le choc fut immense avec des conséquences graves pour toute la communauté. Depuis lors, nos conditions de vie ne cessent de se dégrader », estiment-ils.

Par manque de terre pour cultiver et ne sachant pas où aller, ils vivent dans la faim depuis 02 ans.

Estimant que leurs droits les plus élémentaires ont été bafoués, ils demandent au gouvernement de prendre des mesures urgentes, notamment l’octroi des vivres pour leur permettre de jouir de leur droit à l’alimentation.

Ils attendent aussi du gouvernement, la réponse à la question de savoir si la communauté de Kouankoufouanou était dans une zone pastorale et de tirer les conséquences qui s’imposent. Enfin, ils exigent le dédommagement des membres de cette communauté pour les pertes éprouvées lors de ce déguerpissement. Lucien Silga de la FIAN s’est dit étonné de la décision du gouverneur qui a avancé l’occupation de la zone pastorale pour les déguerpir. Comment l’administration publique peut-elle déclarer que cette communauté était illégale installée après avoir construit une école primaire et un forage, s’interroge-t-il ? Aussi, il se demande pourquoi la même administration publique qui a octroyé un permis minier sur le site de Kouankoufouanou trouve que la communauté de ce village était illégale installée ?

Elie KABORE

 


 

Seul soutien de l’Etat, 1 sac de mil pour 16 personnes

Depuis le déguerpissement, est-ce que l’Etat vous est venu en aide ? A cette préoccupation, un des représentants de la communauté de Kouankoufouanou a indiqué qu’ils ont reçu une seule fois une aide alimentaire dont la répartition a été difficile puisque 16 personnes se sont partagé un sac de mil. Ils ont reçu à l’occasion quelques moustiquaires et des nattes.

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Numéro d'édition: 204