Cette affaire de faux timbres a sécoué la mairie de la ville de Sabou, et le conseil municipal est sous le choc. En effet, le deuxième adjoint au maire est au cœur du scandale. (Ph: Illustration)

Faux timbres : La ville de Sabou échappe au pire

• Mise en circulation de 12.000 timbres déjouée

• Le second adjoint au maire et le régisseur déférés

• Le conseil municipal sous le choc

 

Sabou, ville carrefour située entre Ouagadougou-Bobo-Dioulasso et Koudougou, est secouée par une affaire dite de tentative de fabrication de timbres communaux parallèles au préjudice des caisses de la mairie. Le conseil municipal est d’autant sous le choc que c’est le deuxième adjoint au maire qui est au cœur de ce scandale. La manœuvre a été déjouée de façon inattendue grâce à un coup de fil. Le second adjoint au maire et son complice qui n’est autre que le régisseur de la mairie ont été épinglés par la gendarmerie, entendus puis déférés à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, seulement le 2 mai dernier, contrairement a ce qui a été annoncé par certains médias. Voici les faits, tels que L’Economiste du Faso a pu les recouper.
Courant mars, le nouveau conseil municipal que préside Lambert Kabré décide de se procurer de nouveaux lots de timbres. Une fois ces nouveaux lots livrés, entrent en jeu le second adjoint au maire et son complice. Ils déclenchent leur projet de fabriquer parallèlement des timbres. C’est ainsi qu’un échantillon est soutiré des lots et transmis à un imprimeur à Ouagadougou pour dupliquer le même modèle de timbres. La commande porte sur un total de 12.000 timbres de 300 FCFA/l’unité.
Une fois imprimés, ces timbres seront introduits dans le système de vente et le fruit de la vente irait ainsi dans la poche des deux complices. Manque de chance pour les présumés fraudeurs, l’imprimeur à qui il a été demandé de faire le travail veut s’assurer de la régularité de l’opération. Il appelle le maire. On était au 9 avril 2017. Celui-ci tombe des nues. Le conseil n’a jamais engagé un tel marché et demande à l’imprimerie d’attendre le lendemain, le temps qu’il passe constaté de quoi il s’agit. Le lendemain, sur les lieux, la supercherie est découverte très rapidement.
L’imprimeur qui a l’habitude de ce genre de marchés s’est étonné qu’il n’y ait pas de bon de commande, ni aucun courrier officiel. L’adjoint au maire aurait alors insisté sur le caractère urgent de l’opération, arguant notamment d’une pénurie de timbres dans la cité. Il a donc été demandé à l’imprimeur de faire le travail en attendant que tout soit formalisé plus tard. Toujours prudent, l’imprimeur exige au moins une lettre officielle du maire avant d’entamer le travail.
Celle-ci arrive le lendemain, mais avec la signature du deuxième l’adjoint au maire en P.O du maire, avec un second contact téléphonique qui serait celui du secrétaire générale de la mairie, selon l’adjoint au maire. Suspicieux, c’est ainsi que l’imprimeur se résolut à appeler le maire lui-même pour se rassurer. L’imprimeur, une fois le doute levé sur les intentions de ses interlocueurs, appela le second numéro censé être celui du secrétaire général de la mairie pour confirmation du marché d’impression. L’interlocuteur au bout de fil se présenta comme tel et confirma le marché. C’était en fait le régisseur. Le coup de fil, selon nos informations, a été fait en présence du maire qui comprit finalement le complot qui se nouait dans son dos. Il déposa plainte à Ouagadougou et, appréhendés, les présumés faussaires sont auditionnés le 27 avril et le 2 mai 2017, ils sont déposés à la MACO et devront répondre, entre autres, de tentative d’escroquerie, d’abus de confiance. Le régisseur, complice du deuxième adjoint, s’est mis en difficulté une fois de plus dans ce deal qui a foiré, puisqu’on apprend par ailleurs que lors du contrôle de la gestion des finances de la mairie, il doit encore justifier des manquants de caisses.

FW


Perspicacité 

Dans cette affaire, deux personnes ont sauvé leurs têtes. Il s’agit de l’imprimeur en premier. S’il n’avait pas exigé un document officiel de la mairie avant de réaliser le contrat, il se serait rendu complice sans le savoir d’une opération frauduleuse. Pour le maire aussi, l’honneur est sauf. Informé par l’imprimeur qui voulait des assurances, il a joué le jeu afin de savoir les vrais auteurs de tentative de fabrication de timbres parallèles. Le fait qu’il ait été un acteur dans le démantèlement de ce réseau conforte sa position de premier responsable de la mairie et de défenseur des intérêts de ses administrés.

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Numéro d'édition: 205