Le chemin qui reste à parcourir entre la situation actuelle et celle qui verra la STFL produire des jus de mangue ainsi que le concentré de tomate risque d’être plus compliqué si rien n’est fait rapidement pour sauver les acquis actuels et surtout si une bonne vision ne se mettait pas en place.

STFL: le dossier à nouveau dans l’imbroglio

• Sous le poids des nombreuses dettes

• Grosse menace sur le matériel et les autres biens

• Mauvaise inspiration dans le projet de relance

 

Le très laborieux projet de la Société de transformation des fruits et légumes (STFL) n’a visiblement pas envie de se défaire de la mauvaise réputation d’arlésienne qui lui est collée. Pourtant, on avait cru enfin voir le bout du tunnel avec les actions engagées en 2015 par le gouvernement de la transition. Lequel gouvernement, après avoir nommé une nouvelle équipe dirigeante et adopté un rapport d’audit sur l’état du projet, a fini par décider de la privatisation de la société lors du Conseil des ministres du 9 septembre 2015. Cette décision stipulait que les ministres concernés par le dossier devaient prendre les dispositions idoines pour effectuer la rétrocession à l’éventuel repreneur privé. Puisque la transition arrivait à sa fin dans la même période, la suite du dossier devait donc échoir au gouvernement nommé par le président élu, Roch Kaboré.
Cela fait exactement une année que cette équipe gouvernementale est en place, mais le dossier STFL n’a pas connu d’avancée qui puisse garantir que cette unité industrielle, tant désirée, pourra enfin être opérationnelle. Au contraire, on a comme l’impression qu’il y a eu un recul, et les choses ne font que s’empirer. La STFL s’enfonce davantage dans l’imbroglio. Bien malin qui pourra prédire à quel moment le consommateur pourra s’offrir du concentré de tomate ou du jus de fruits avec l’étiquette STFL. La situation actuelle de l’usine, sur les plans financier, technique, administratif, ainsi que sur les schémas possibles de résolution des problèmes, notamment la réorientation, est très confuse.
Sur le plan financier, outre les besoins financiers pour achever la construction de l’usine, en octobre 2016 il y avait les dettes fournisseurs (610. 619. 531 F CFA), le reliquat au titre des arriérés de salaires et droits légaux des travailleurs licenciés à régler.
Des structures de contrôle, telle que l’Autorité supérieure du contrôle d’Etat (ASCE-LC), à partir mai 2015, ont déjà enquêté sur la gestion du projet. Le rapport de contrôle de l’ASCE-LC a décelé une mauvaise gestion et des malversations. Il a mis directement des personnes en cause. Celles-ci devraient rembourser certaines sommes. Ces dossiers sont encore pendants. Mais avant même de les clarifier et de travailler à écarter les anciens écueils qui ont plombé le projet, c’est un nouvel accord de prêt pour financer la société qui est curieusement dans les tuyaux. Une situation qui embarrasse fortement au sein de l’actionnariat où certains menacent de recourir aux tribunaux pour s’opposer à l’orientation qui est sur le point d’être donnée au projet.
L’une des grosses questions à laquelle sont confrontées les parties prenantes est également celle de savoir s’il faut rendre l’usine opérationnelle avant de la privatiser ou la céder en l’état. C’est une question essentielle au moment où des repreneurs se manifestent déjà.
Nous allons y revenir dans les détails, mais pour l’instant il convient d’attirer l’attention des autorités pour que des mesures urgentes soient prises pour sécuriser aussi bien le site de l’usine à Loumbila (15km de Ouagagougou) que ce qui reste des équipements et autres biens depuis l’arrêt des travaux et le licenciement de l’ensemble du personnel.
Depuis le 29 juillet 2009, le licenciement des 53 employés de la société a été officiellement matérialisé avec la remise effective des lettres de licenciement.
L’abandon des lieux et le vide dans lequel se trouve le projet en ce moment a entrainé une situation pouvant être qualifiée de détournements, réaffectations hasardeuses des véhicules et autres confiscations du matériel. Une véritable hémorragie qui va davantage creuser le fossé entre l’état actuel des réalisations et ce qui doit être fait au final. C’est donc toutes les estimations financières et matérielles pour finir le projet qui vont être faussées et accentuer encore le retard.
Des anciens de la maison ou des fournisseurs, qui estiment n’avoir pas été dédommagés, agissent par voie d’huissiers pour saisir les biens de la STFL. Plusieurs véhicules ont déjà été confisqués dans ce sens. La responsabilité de l’Etat, censé solder les dettes, est totalement engagée dans cette situation qui compromet davantage l’avenir de l’usine.
Par ailleurs, le matériel laissé sans véritable sécurité et à la merci des intempéries et des termites pourraient ne plus être récupérable. Il y a urgence.

Karim GADIAGA


Une belle idée en grande souffrance

La STFL résulte d’une forte recommandation de la Journée nationale du paysan, tenue à Manga en janvier 2006. Elle a été créée le 6 mars 2009 et ses statuts approuvés le 10 juin de la même année par des décrets. Elle a été conçue avec le statut d’une société d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat (62,5%), son capital est de 800 millions de FCFA détenus par l’Etat à hauteur de 500 millions de FCFA (libérés par le Fonds burkinabè de développement économique et social) et par Crystal Trend Investment Limited, une société privée de droit burkinabè pour 300 millions de FCFA.
Le coût initial du projet, qui s’élève à plus 8,1 milliards de F CFA, a été financé par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) à travers les ressources de la ligne indienne (EximBank) à hauteur d’environ 7,5 milliards et par le gouvernement burkinabè pour une contrepartie nationale de près 528 millions. Le démarrage de la phase de production était prévu pour 2014, mais jusque-là le bout du tunnel reste loin. Dès 2010 et 2011, le coût initial du projet avait été réévalué à plus de 17 milliards de F CFA au lieu de 8 au départ. Aujourd’hui encore, ce nouveau montant de 17 milliards est largement dépassé. Rien qu’en 2014, le besoin de financement supplémentaire du projet était estimé à environ 6,5 milliards de F CFA. Un nouvel audit industriel et organisationnel est nécessaire pour actualiser ce chiffre.

Numéro d'édition: 187