Ces producteurs composés en majorité de femmes demandent à l’Etat burkinabè d’avoir un regard sur leur sort afin de ne pas mettre des familles au chômage. (MK)

Echangeur du Nord : Le déguerpissement des maraîchers coince

• Ils exigent le dédommagement d’abord

• 300.000 FCFA par puits

• Le cabinet d’étude indexé

 

Pas de dédommagement conséquent, pas de déguerpissement. C’est le principal message qu’ont voulu porter les maraîchers, installés autour du barrage de Tanghin. Il s’agit des tabliers et petits commerçants, ainsi que les riverains affectés par le projet de construction de l’échangeur du Nord, s’adressant à la société SOGEA- SATOM et au cabinet AGEIM et surtout aux autorités politiques et municipales de Ouagadougou.
Ils l’ont dit le mercredi 28 décembre à travers une conférence de presse animée par la Coordination des comités de défense et d’approfondissement des acquis de l’insurrection populaire (CDAIP) de l’ex- arrondissement de Sig-Noghin.

Selon le coordonnateur de la CDAIP, Ernest Y. Zemba, les maraîchers qui étaient installés aux abords du canal du Mogho Naaba avaient été dédommagés en 2013 à raison de 1.088 F CFA/m² durant 18 mois et en plus de cela, ils avaient bénéficié d’un site de réinstallation à Bassinko et de 1.000 F CFA pour perturbation d’activités.
C’est au regard de ces avantages que les maraîchers du barrage de Tanghin souhaitent avoir les mêmes conditions de dédommagement ou au mieux plus.
Selon le trésorier de la fédération des maraîchers de l’ex- Sig-Noghin, Soumaïla Ouédraogo, le lit du barrage compte 600 maraîchers possédant chacun son agrément d’exploitation. Chacune des 600 Personnes affectées par le projet (PAP) refuse les conditions de dédommagement actuelles préconisées par la SOGEA-SATOM.

Les membres de la CDAIP, avec son coordonnateur, Ernest Y. Zemba, micro en main, accusent le bureau d’étude d’avoir créé tous ces problèmes. (MK)

Les membres de la CDAIP, avec son coordonnateur, Ernest Y. Zemba, micro en main, accusent le bureau d’étude d’avoir créé tous ces problèmes. (MK)

Selon le coordonnateur de la CDAIP, Ernest Y. Zemba, la société proposerait à chacun 300 FCFA/m2 et la mairie de Ouagadougou laisserait entendre qu’elle n’a pas de nouveau site pour les réinstaller.
En plus, ils souhaitent une compensation financière pour les pertes de production, les arbres appartenant aux maraîchers. Face à ces mesures qu’ils jugent en déca de leurs attentes, Ernest Y. Zemba a laissé entendre que les maraîchers font l’objet de menaces afin de libérer les lieux et aussi qu’ils subiraient des formes d’intimidation et de tentatives de corruption de la part du bureau d’étude. Or, soutient le porte-parole de maraîchers, leurs revendications sont légitimes et correspondent à ce qui doit être fait selon les directives de l’ONU. Pour mieux illustrer leur désarroi, Ernest Y. Zemba a lancé le cri du cœur suivant: «Les maraîchers dont certains ont hérité de leurs activités il y a plus de 30 ans doivent être dépossédés de leurs biens de production et déguerpis, alors que les conditions préalables à cela ne sont pas remplies».
Pour lui, il n’est pas acceptable que leur situation demeure ainsi.
Sur ce, il préconise en faveur des producteurs une compensation des pertes de production de 2.200 FCFA/m² pour une période de 3 ans et l’aménagement d’un site de réinstallation, une compensation des pertes de production pour les producteurs ayant plus de 56 ans à raison de 2.200 FCFA/m² pour une période (d’un an + 10 ans) et l’aménagement d’un site de réinstallation pour les producteurs.
En plus, la CDAIP réclame le dédommagement des puits à hauteur de 300.000 FCFA/puits et le dédommagement de tous les arbres appartenant aux maraîchers conformément à la grille du ministère de l’Environnement.
La revendication des petits commerçants qui exerçaient aux abords des voies porte sur le dédommagement à 100.000 FCFA par acteur recensé et un accompagnement conséquent de la mairie de l’ex-Sig-Noghin pour leurs réinstallations.
Pour ce qui concerne les riverains et de la population affectée par le projet, la CDAIP recommande le bitumage de la voie de déviation allant de l’immeuble Kafando jusqu’au terrain Miramar.
Les jeunes et étudiants ne sont pas en reste, eux réclament l’aménagement d’un terrain de sport pour les 5 établissements qui partageaient le terrain transformé en voie. Tous ces points sont consignés dans une plateforme commune minimale qui sera de nouveau soumise aux interlocuteurs concernés. Ils se disent prêts à entreprendre d’autres formes de revendications au cas où leurs exigences resteraient sans suite.

Rachel DABIRE


Historique de la construction de l’échangeur du Nord

Les travaux de l’échangeur du Nord de Ouagadougou, confiés à l’entreprise française Sogea Satom, filiale de Vinci construction spécialisée dans le BTP en Afrique, s’élèvent à 70 milliards de F CFA (106,71 millions d’Euros).
Ce chantier est financé en partie par le budget de l’État sous la forme d’un partenariat public-privé – une première dans le secteur routier au Burkina – avec un pool de bailleurs conduit par Bank of Africa. Les travaux, prévus sur 36 mois, vont créer un millier d’emplois, selon les promoteurs du projet.

Source: Jeune Afrique

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Numéro d'édition: 187