Matshidiso Moeti, directrice régionale pour l’Afrique à l’Organisation mondiale de la santé.DR)

La mise en œuvre de la couverture médicale universelle en Afrique -Par Matshidiso Moeti

BRAZZAVILLE – Il y a trois ans, un jeune garçon des régions rurales de la Guinée était atteint par le virus Ebola. Une épidémie s’est bientôt emparée de l’Afrique de l’Ouest. Avant qu’on ne l’ait enrayée, elle avait tué plus de 11.000 personnes et dévasté l’économie des trois pays les plus touchés: la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.
Cela a donné à réfléchir sur le besoin des pays en vue de renforcer la résilience des systèmes de santé pour répondre rapidement et efficacement aux urgences.
Mais des systèmes de santé solides ne sont pas seulement essentiels en temps de crise. Ils sont également nécessaires pour fournir aux enfants des vaccins vitaux, pour donner aux femmes des soins génésiques, notamment de contraception, et pour fournir à tous des services de prévention et des traitements pour faire face à la charge croissante des maladies non transmissibles.
Les avantages d’une Couverture médicale universelle (CMU) sont indiscutables. On estime pourtant que 400 millions de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès aux services de santé de base et que les dépenses de santé à la charge du patient plongent chaque année 150 millions de personnes dans la pauvreté.
Heureusement, la communauté mondiale a commencé à se fédérer autour de l’idée que toutes les personnes, peu importe l’endroit où elles vivent ou l’argent dont elles disposent, doivent être en mesure d’accéder aux services de santé nécessaires, sans encourir de difficultés financières. En agissant suivant la conviction que la santé est un droit humain fondamental, les gouvernements doivent fournir des soins de qualité à des prix abordables pour tous les citoyens.
La mise en œuvre de la CMU n’est pas facile, en particulier dans les pays à revenus faibles et intermédiaires, où les ressources humaines et financières sont limitées. Mais ce n’est pas impossible: en effet, nous savons déjà ce qui fonctionne.
Si nous voulons assurer la santé et le bien-être de tous, à chaque étape de la vie, ce qui répond à l’Objectif 3 des Objectifs de développement durable (ODD) [NDLR: voir encadré], alors nous ne devons pas hésiter à relever le défi.
Une première étape vitale consiste à arrêter de se concentrer uniquement sur le traitement de maladies spécifiques et d’adopter à la place une approche plus globale du maintien de la santé des individus et des communautés.
Nous devons également rendre les soins médicaux moins lourds, en veillant à ce que les services de santé soient intégrés et que les patients soient en mesure de recevoir tous les services nécessaires avec le moins de consultations possibles dans les services.
Par exemple, quand une mère vient faire vacciner son bébé, on peut également lui conseiller des options de planning familial ou lui proposer un dépistage du diabète.
À cette fin, le renforcement des systèmes de soins de santé primaires est d’une importance vitale, en particulier en Afrique. Les prestataires de soins de santé primaires sont, à bien des égards, un système de santé de «premiers secours» qui permet d’identifier les menaces qui pèsent sur des individus ou, dans le cas d’épidémies, sur l’ensemble de la collectivité. I
ls assurent l’accès aux services basiques de santé préventifs et thérapeutiques (comme les vaccins, les soins de santé maternelle et infantile et le traitement des maladies chroniques) et peuvent rediriger les patients vers des spécialistes pour le traitement de problèmes de santé plus complexes.
Ils fournissent également des renseignements sanitaires pour aider les populations à détecter, à gérer et à éviter les maladies.
Les pays d’Afrique prennent déjà des mesures pour faire progresser la CMU. Par exemple, le Ghana a mis en place un système national d’assurance maladie qui couvre le traitement de la plupart des maladies, ainsi qu’un système qui forme des infirmières à dispenser des services de santé primaires de porte-à-porte, pour les populations reculées.
En Éthiopie, une structure de 38.000 agents de vulgarisation sanitaire s’assure que les services de santé essentiels soient dispensés à tous, peu importe l’endroit. Ces programmes prouvent que la CMU est réalisable en Afrique.
Mais il reste encore beaucoup à faire pour s’assurer que toutes les personnes dans tous les pays à travers l’Afrique (et à plus forte raison dans le monde en développement) aient accès aux services de santé nécessaires.
Alors que les dirigeants de santé de toute l’Afrique sont réunis actuellement à Windhoek en Namibie pour discuter précisément de ces sujets, c’est le moment idéal de s’engager à mener à bien ce travail.
En effet, la réunion de Windhoek (qui coïncide avec le troisième jour de la CMU le 12 décembre), offre une occasion sans précédent aux pays de définir les mesures nécessaires et de prendre des engagements concrets pour renforcer les services intégrés et centrés sur les personnes, dans les services de soins de santé primaires.
Nous devons mettre l’accent sur la formation des agents de santé de manière efficace, améliorer l’accès aux médicaments et mettre en place des mécanismes innovants pour le financement de la santé au niveau individuel et au niveau des ménages.

Copyright: Project Syndicate, 2016.
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Impératif économique

Dans une population en bonne santé, tout le monde est gagnant. Plus d’enfants vont à l’école et plus d’adultes sont capables de travailler, d’acheter de la nourriture et de payer les frais de scolarité, ce qui fournit de précieux apports économiques à leurs familles, à leurs communautés et à leurs pays.
Les crises de santé sont moins susceptibles de s’installer. Et dans les cas où cela se produit, l’existence d’un système de santé efficace, doté de liens durables au sein des communautés locales, facilite une réponse plus efficace.
Le coût des mauvais systèmes de santé, aussi bien pour les vies humaines que pour l’économie, est élevé. L’épidémie du virus Ebola (qui selon certains économistes a coûté trois fois plus cher à maîtriser que ce qu’aurait coûté la construction de systèmes de soins de santé fonctionnels), en est une preuve manifeste.
Mais cela est également vrai des vies perdues chaque jour à cause de maladies évitables et traitables.
La mise en œuvre de la CMU n’est pas seulement un impératif moral: c’est également un impératif économique. Le moment est venu de le réaliser.

Numéro d'édition: 186